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7e dimanche de Pâques. Sur la réalité du spirituel

 

« Si l’on vous insulte pour le nom du Christ, Heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous. » (1ère lettre de Pierre)

Qui nous insulte ? Les gens du dehors ? Si peu. Il y a beaucoup plus d’indifférents que d’anticléricaux. Il y a des gens qui ne nous comprennent pas, oui. Peut-être qu’ils sont aveugles ou sourds… peut-être que nous n’avons pas sur nous faire entendre… ou que nous les avons scandalisés…

Les turbulences, les insultes sont dues aussi, je le pense, au « mauvais » qui travaille au-dehors et en nous. Dernière demande du « Notre Père » : « Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mauvais, du mal. » Contre le mal, contre les occasions d’insultes, nous avons l’Esprit de Dieu !

« L’Esprit de Dieu repose sur moi, L’Esprit de Dieu m’a consacré, L’Esprit de Dieu m’a envoyé proclamer, la paix, la joie » C’est le chant du Christ lors de son baptême, le chant du Messie. C’est le chant des disciples au jour de la Pentecôte où le « je » messianique laisse la place au « nous » communautaire.

Il repose sur nous. Sur « nous tous », sur chaque personne, sur l’ensemble du corps de l’Église en tant qu’elle est « corps du Christ ». Ce corps n’est encore reconstitué. Mais il est entier, car même s’il manque quelqu’un – maladie, mort, défection – l’Esprit, lui, ne manque pas.

Pendant les semaines passées, l’Esprit ne nous a pas manqué. Le mot « spirituel » a retrouvé son poids de réel…

Avec le déconfinement encore progressif, peu à peu, nos rassemblements vont reprendre. Il va falloir du temps pour qu’ils soient « complets ».

Allons-nous les vivre « comme avant » ? J’espère que non. Les semaines que nous venons de traverser ont été rudes, même si notre île a été épargnée. Je me réjouis de ceux et celles qui se disent : « oh, il y a des choses à changer… » Ils ont fait le tri entre l’essentiel et le secondaire et s’insèrent dans le mouvement de réflexion en gestation à propos du « monde d’après ». Cependant, je le crains, la tentation va être grande de revenir aux habitudes « d’avant ». « Chassez le naturel… » Et le spirituel ?

Chacun-e a redécouvert l’espace de nos maisons comme le lieu premier de notre relation à Dieu par nos proches. C’est dans une maison, pas au temple, que les apôtres, Marie, la famille et les disciples de Jésus se retrouvent pour prier et attendre l’Esprit saint. Nous avons éprouvé la solidarité – la fraternité – en respectant des consignes dures. Et nous continuerons. Le virus n’est pas vaincu. Ni le « mauvais » au dehors et au-dedans.

Chacun-e a pu effectuer un retour sur soi-même. La Parole de Dieu, si riche dans sa diversité, a été notre secours, elle qui est à portée de main, à portée d’ordinateur. Le mot « spirituellement » a pris une force inouïe, ancré dans notre cœur. Dieu n’est-il pas « plus intime à moi-même que moi-même » (St Augustin). Bonheur de l’avoir rencontré en nous !

« Heureux sommes-nous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur nous. » Notre vie chrétienne est une vie spirituelle dans et sous l’Esprit saint, lui notre Défenseur, notre avocat, notre pédagogue… De la vie d’avant, de nos assemblées d’avant, le superficiel s’est estompé et le spirituel a refait surface. Il faut qu’il reste à la surface, visible, joyeux, missionnaire. (Gérard Billon)

 

Ascension du Seigneur, 21 mai

La mission de Jésus sur terre est achevée. Elle est à nous remise. Venu de Dieu, Jésus retourne à Dieu, son Père. Il retourne, léger, avec le poids de l’humanité…

L’ascension de Jésus n’a rien à voir avec l’ascension d’une montagne. Matthieu, d’ailleurs, ne nous décrit nulle montée au ciel. Bien au contraire. Jésus est pour toujours avec nous. Avec nous, les êtres humains. Au milieu de nous, il installe la légèreté de Dieu.

Voilà : Jésus enlevé au ciel, « assis à la droite de Dieu » comme proclame le Credo, est pour toujours avec nous sur la terre. Son corps de chair est au ciel, mais son corps éternel est sur terre ! Son corps de chair ressuscité est auprès de Dieu : voilà le prix accordé à notre poids d’humanité. Son corps éternel qui parle, qui soutient, qui nourrit, est avec nous jusqu’à la fin des temps : voilà le prix accordé à l’Église, son corps humain désormais, communauté d’hommes et de femmes envoyés dans le monde.

Comme homme, Jésus se présente devant Dieu, le Père de tous les humains. Partageant sa gloire, il lui parle de nous. Comme Dieu, il continue à nous parler, à nous. D’abord et avant tout dans l’Église avec un grand « E ». Ensuite dans le rassemblement local – ici sur l’île de Noirmoutier. C’est dans la communauté qui nous a tant manqué que nous louons le Créateur, que recevons les Écritures et le pain eucharistique. C’est dans la communauté que nous nous ressourçons grâce à l’Esprit saint qui est notre aide, notre soutien, notre défenseur.

Les disciples vont de par le monde avec « énergie, force et vigueur » dit la lettre aux Éphésiens. Avec « respect et douceur » disait la lettre de Pierre dimanche dernier.

Puisque le corps de chair de Jésus est auprès de Dieu, léger, nos corps de chair sont invités à sillonner le monde. L’épreuve mondiale dont nous ne sommes pas encore sortis nous a allégés. Nous avons retrouvé le sens du mot « spirituel », nous avons redécouvert, par leur manque, l’importance des rassemblements. Nous sommes prêts pour aimer, pour pardonner, pour résister au mépris et à l’esprit de revanche. Nous sommes prêts pour résister à l’envie de rester « entre nous », à l’envie de nous calfeutrer parce que dehors nous fait un peu peur.

Jésus est auprès de Dieu. Il nous envoie l’Esprit saint. Et nous devenons ses témoins, portant l’espérance, la lumière, la bonté, a beauté par des mots simples et des gestes bienveillants.

Que le Christ nous tire par le haut ! Que l’Esprit saint nous aide à prendre de la hauteur ! Devenons, non pas des êtres exceptionnels ou sensationnels mais des êtres « ascensionnels » ! Pour voir les choses de la terre à partir du ciel. Pour voir, dans les choses de la terre, l’éclat de Dieu… (Gérard Billon)

 

6e dimanche de Pâques. Sur le « défenseur »

Dans l’Évangile de Jean, Jésus nous demande de prier le Dieu son Père « d’envoyer un autre Défenseur… » Ce « Défenseur » demandé est l’Esprit saint. À la Pentecôte, nous fêterons sa présence. Il est là pour nous aider à nous défendre. Mais devant qui ? Contre qui ?

Devant qui ? Devant le monde, très certainement. Contre qui ? Peut-être contre nous-mêmes.

Notre monde a besoin d’espérance. C’est confusément qu’il exprime ce besoin. On nous demande, selon les mots de la Première lettre de Pierre, de « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». On nous le demande parfois maladroitement, avec agressivité. Le mal, la corruption des valeurs sont à l’œuvre dans le monde : ce sont autant d’adversaires, de points de résistance. Résistance alimentée hélas par notre Église qui a pu se montrer indigne de sa mission. Or notre Église peut aussi se montrer attentive, fraternelle, source de joie, et oeuvrer pour le bonheur de tous.

Le Christ est notre alors premier défenseur : il vient au secours de notre faiblesse. Par sa Parole de vie, il redresse ce qui est tordu, lui qui remettait sur pied les handicapés.

L’Esprit de vérité est l’autre défenseur, qui nous inspire paroles, gestes, attitudes, initiatives. Combien ont été posés dans les deux derniers mois ? Anonymes, efficaces. Sans perdre de vue la réflexion sur la « maison commune », la place des émigrés et des déplacés. Rendons grâce à Dieu !

Devant le monde qui nous regarde avec défiance, le Christ et l’Esprit nous aident à parler avec intelligence et avec cœur.

La première lettre de Pierre précise : « faites-le avec douceur et respect ». Respect pour ceux et celles qui n’ont ni notre regard, ni notre foi, ni notre espérance. Douceur dans la manière de parler et d’agir. Et là, nos défenseurs, le Christ et l’Esprit, nous défendent contre nous-mêmes. Devant nous, il y a des gens hostiles. Sous le coup de l’émotion ou parce que les mots nous manquent, on hausse le ton ou bien on en « en rajoute »… Or l’Évangile s’accommode bien de la simplicité, de la patience. Il préfère le quotidien au spectaculaire ou à l’enthousiasme démonstratif qui, quelque part, sont souvent une manière de forcer la conviction.

Aimons le Christ, notre premier défenseur. Il arme notre esprit contre toute violence et toute frilosité, tout repli, toute tentation de revenir à des convictions fossilisées. Il nous aide à combattre contre nous-mêmes : « Seigneur, prends pitié ».

Demandons à l’Esprit, l’autre défenseur, de nous armer d’intelligence afin d’explorer le mystère du salut et de trouver les mots pour en témoigner. L’Esprit saint est un stratège, un pédagogue, un médecin, un avocat. Il est là pour nous défendre, nous éduquer, nous soigner, nous aider à marcher de nouveau…

Lui, l’Esprit de vérité, saura nous guider vers la soif de vérité de notre monde. Il saura nous permettre d’y répondre avec douceur et respect. (Gérard Billon)

 

5e dimanche de Pâques. Sur le spirituel et le manque 

De la première lecture, je retiens la fin : « une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l’obéissance de la foi. »

Ces prêtres, habitués au service du temple, au décorum solennel, aux sacrifices d’animaux, aux repas sacrificiels, à la musique et aux chants, ont dû peu à peu modifier profondément leur regard sur le culte.

Le culte rendu à Dieu s’est épuré, simplifié : il est devenu « spirituel ». « Spirituel », quel beau mot… Le culte spirituel, inspiré par l’Esprit de Dieu, se passe de musique, de chants, d’encens et de sacrifices d’animaux. Ce culte a comme « matière », si je puis dire, la vie quotidienne, la vie fraternelle. Ces prêtres du temple, tout en continuant alors leur office, ont accepté de perdre leur aura sacrée. Leur foi s’est métamorphosée : ils croyaient en Dieu, ils ont cru en Jésus-Christ.

Leur conception du sacerdoce même s’est métamorphosée. Leur sacerdoce leur a échappé, il  s’est spiritualisé. Il est devenu plus intérieur sans doute. Il est devenu plus large certainement, car c’est la communauté des disciples qui est apparue « sacerdotale », nation sainte qui est la médiation entre le monde et Dieu.

Notre Église est une nation sainte, une « demeure spirituelle » constituée de « pierres vivantes » et où l’on présente des « sacrifices spirituels ». Ceux-ci sont faits de notre vie. Nous offrons à Dieu, notre vie, nos travaux, nos maisons, ce qui s’y passe, ce qui s’y joue, ce qui en naît…

Notre vie quotidienne est une offrande qui surpasse de beaucoup les sacrifices du temple. Elle est une offrande à Dieu par Jésus Christ, avec lui et en lui. Jésus Christ est la première des pierres de la demeure spirituelle.

En cette période imprévue et éprouvante, Jésus ne nous a jamais manqué, en particulier par sa Parole. L’amour du Père ne nous a jamais fait défaut. L’Esprit de communion n’a pas arrêté de souffler.

Qu’est-ce qui nous a manqué ? Réponse : la réalité concrète, physique, de « la demeure spirituelle ».

Parce qu’il nous manque, le rassemblement du dimanche apparaît comme vital. Qu’a-t-il donc de vital ?

Il nous manque et va nous manquer encore car il faudra plusieurs semaines (plusieurs mois peut-être) avant qu’il soit vraiment reconstitué. J’ose espérer qu’il ne sera pas « comme avant » mais qu’il va devenir plus vif, plus fraternel, différent. Plus spirituel. Moins formel. Il nous faut suivre les prêtres du temple de Jérusalem qui ont métamorphosé leur regard sur le culte, sur Dieu et sur eux-mêmes.

Que gardons-nous de précieux de l’épreuve ? Qu’est-ce qui s’est purifié, qu’est-ce qui a bougé dans notre relation à Dieu, au Christ, à l’Esprit – eux qui ont toujours été là ?

Dans l’assemblée du dimanche, quel est ce vital qui va nous permettre de traverser encore plusieurs semaines avant de devenir concret ? Quel est ce vital qui nous déjà nous nourrit spirituellement… sans nous rassasier tout-à-fait ? Mais, hors la vision de Dieu, serons-nous un jour comblés ?

À ces questions, pas d’autres réponses que ce que l’Esprit fait monter à notre cœur.

Certains de nous, peut-être, vont pouvoir se rassembler à la Pentecôte. Si ce n’est pas possible, il restera ce manque qui n’est pas désolation mais dépouillement et espérance… (Gérard Billon)

 

4e dimanche de Pâques. Le Bon pasteur

Il y a maintenant sept ans, au début de son pontificat, le pape François invitait les prêtres à être « des pasteurs pénétrés de l’odeur de leurs brebis » c’est-à-dire à se situer « au milieu de leur propre troupeau », rejoignant les hommes dans « leur vie quotidienne » et jusqu’aux « périphéries » de leur existence, même s’ils n’y sont pas très à l’aise.

Je suis loin de vous connaître chacun-e par votre nom, comme le berger dont parle Jésus. Justement, ce petit constat marque l’écart entre le seul vrai Pasteur et les pasteurs – les prêtres – qui se succèdent dans la communauté chrétienne de l’île de Noirmoutier.

Il n’y a qu’un seul vrai Pasteur, un seul bon Berger : le Christ. C’est vers lui que, portier ou garçon de ferme (de bergerie), le prêtre invite à regarder. C’est lui que le prêtre invite à écouter, à suivre. C’est en lui qu’il invite à mettre sa confiance.

Toute image a ses limites : si Jésus prenait celle d’un chef cuisinier, je serais marmiton ; s’il prenait celle de grand couturier, je serais « petite main » – en arrière, faisant un travail parfois ingrat mais gratifiant car sous sa responsabilité à lui, le Christ, pour le bonheur de tous.

Toute image a ses limites. En ce qui concerne le peuple chrétien, cela est vrai de l’image du troupeau, symbole de l’instinct grégaire. Mais en ce qui concerne Dieu et le Christ, l’image du berger est d’une grande richesse. Plus juste que celle de « juge ». Embellie par celles de « père » et de « mère ».

Richesse ? Paradoxe. Le berger ne vit pas dans les dorures et se conforme peu à l’étiquette des puissants de ce monde. Il porte des vêtements de travail, des souliers ou des bottes qu’il va forcément salir. Il accompagne, il veille, il soigne, il nourrit. Tel est Dieu. Tel est son Christ.

Le bon berger parle et sa voix tranquillise. Il fait ouvrir la porte et encourage à sortir, à découvrir le monde extérieur, à respirer au grand air. Sortir, respirer, se dégourdir les pattes, découvrir d’autres prairies, c’est le mouvement même de la vie.

Si le prêtre est un portier, alors le matin il ouvre la porte qui donne sur l’extérieur. Le soir, il ouvre la porte vers l’intérieur afin de se reposer et prendre des forces. Si le prêtre est un garçon de ferme, il accepte de se salir autant que le berger, à l’image du berger.

Les images explosent : Jésus dit que « le » berger est aussi « la » porte. Le travail du portier n’en est que plus valorisant.

La cause que le prêtre, portier ou garçon de bergerie, a épousée n’est pas la sienne d’abord,  à lui le prêtre, mais celle du berger. Tout portier peut faire des erreurs. Tout garçon de ferme peut se montrer maladroit. Pas le Bon berger.

Notre temps est un temps de disette – la nourriture sacramentelle semble rare. Le portier, le garçon de ferme que je suis s’inquiète. Où aller, où ne pas aller dehors ? Quoi donner à manger à l’intérieur ? Et je regarde le berger : est-il inquiet ?

Pourquoi le serait-il ? La nourriture spirituelle est abondante. Il sait que les brebis entendent sa voix, écoutent sa voix, se nourrissent de sa voix. Il sait que le lien d’amour tissé au temps du confort est maintenant éprouvé mais qu’il est assez solide pour tenir. On va maigrir un peu, c’est tout. Et les brebis, et le portier et le garçon de ferme voient qu’il veille sur chacun. Son inquiétude est pour la santé et le bien-être de tous. Il est là. Il parle, il murmure, il chantonne.

Alors les brebis, le portier, le garçon de ferme s’endorment, confiants. Encore deux semaines, trois semaines, peut-être plus. Et alors ? Il est là. Certainement pas inactif. (Gérard Billon)

 

3e dimanche de Pâques. Sur Luc 24,13-35

L’un s’appelle Cléophas. L’autre, on ignore son nom. Il est vous, moi, chacun de nous.

« Reste avec nous… » disent-ils à l’inconnu. Et il reste. Et il rentre dans la maison, peut-être celle de l’un deux.

S’ils n’avaient pas dit cela à l’inconnu qui les a rejoints sur leur chemin, s’ils n’avaient pas offert l’hospitalité à celui qu’ils ont pris pour un étranger, la grâce de Dieu n’aurait pas touché leur cœur. Et leur émotion ne serait pas devenue rencontre de l’inouï.

« Reste avec nous… »

Ils s’éloignaient de Jérusalem. Ils quittaient le groupe des disciples, déçus, amers. Ils n’ont pas reconnu Jésus ressuscité. Ils n’ont vu qu’un étranger de passage. « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore qui s’est passé… »

Jésus est toujours de passage : « Racontez-moi… »

Racontons-lui. Relisons ces cinq semaines de confinement, nos joies, nos lassitudes, racontons-lui ces malades, ces efforts des soignants, des chercheurs, des politiques, tous attelés aux tâches du bien commun.

Et quand nous avons fini de raconter notre désillusion et notre espoir (il y a tant de choses qui échappent), il parle à son tour. Il interprète notre vie en nous plongeant  dans la tradition qui nous constitue peuple de Dieu. Il parle de Moïse, des prophètes, de l’espérance. Et, en nous, çà bouge, çà réchauffe, çà fait du bien, çà met du baume au coeur.

Il faisait nuit, il faisait froid dans nos vies malgré le printemps, malgré le beau temps. Mais, à l’écouter, ce qui était question prend  sens.

« Reste avec nous… »  Dire çà à quelqu’un que l’on ne connaît pas, c’est un beau geste d’hospitalité.  Nous ne comprenons pas tout ce qu’il a dit, mais nous voulons prolonger : « Reste avec nous… »

Les disciples d’Emmaüs auraient pu rester à ressasser leurs peurs, leurs déceptions… La peur devant la situation est souvent, en fait, une peur de soi, un manque de confiance en soi, un manque d’espérance. Alors la parole de Dieu réchauffe ce qu’elle peut. Elle s’offre, fraternelle.

Heureux Cléophas ! Heureux son compagnon ! Heureux sommes-nous quand nous disons « Reste avec nous ». Avec nous, dans nos maisons, dans nos bricolages avec la vie, avec les autres, avec la situation actuelle.

Il s’en fallu de peu ! Il fait semblant d’aller plus loin, il espère qu’on va l’inviter, mais il ne veut pas s’imposer. Il ne s’impose pas dans nos maisons, dans nos activités quotidiennes. Dieu ne veut s’imposer nulle part. Exiger qu’il vienne est un leurre. Il est déjà là. Nous avons juste à l’inviter à entrer : « Reste avec nous ». (Gérard Billon)

 

Dimanche de la Miséricorde. Sur Actes 2,42-47 et Jean 20,19-31

Il y a le temple et les maisons. Y’a pas photo : Le temple de Jérusalem est important pour les prières, mais, pour rencontrer le Ressuscité, les maisons sont encore plus importantes: là se déroule la fraction du pain, là se vérifie la communion fraternelle, là se reçoit l’enseignement des Apôtres.

L’enseignement des Apôtres n’est rien d’autre que l’actualisation de la Parole de Dieu, Parole dont Jésus Christ est l’accomplissement. L’enseignement n’est pas répétition servile, il se dit à chaque fois avec des mots neufs, issus de la vie quotidienne et y retournant : les signes et prodiges en témoignent.

Les Apôtres et leurs successeurs ne sont pas sur un piédestal : « Chrétien avec vous, évêque pour vous » disait Saint Augustin.

En premier, il y a donc la communication, l’approfondissement, la méditation de la Parole qu’est Jésus Christ. On le sait, la catéchèse précède les sacrements. C’est pourquoi, il ne peut y avoir de fraction du pain – de liturgie eucharistique – sans liturgie de la Parole. En ce temps où nous sommes confinés, où sans doute la plupart de nous n’avons pas communié sacramentellement depuis le 14 mars (et même avant), c’est un signe d’espoir : la Parole portée par les Apôtres est là, dans le Livre des Écritures. Elle est là, actualisée, dans nos maisons.

De nos maisons, la Parole passe à l’extérieur, dans la rue, nous invitant à nous inscrire dans l’espace social, dans ce qui existe. Les multiples soutiens que reçoivent les malades, les soignants, les personnes âgées, ne sont pas l’apanage des chrétiens, mais nous y participons. La communion fraternelle est communion avec toute personne qui a besoin d’aide, peu importe qu’elle n’ait ni nos traditions, ni notre culture, ni nos convictions.

La « fraction du pain » – dont l’absence fait souffrir bien des chrétiens aujourd’hui – actualise le salut de Pâques. Notre rassemblement virtuel (par les photos, par le site, par facebook) autour de ce que je célèbre pour vous – pour vous et pour moi avec vous – illumine les lieux quotidiens à commencer par nos maisons et nos quartiers. Le geste du pain rompu vient sceller l’écoute de la Parole. Avant de la faire rebondir dans l’action.

Retrouvons la sanctification des maisons, des lieux de vie habituels. Lorsque nous célébrerons de nouveau dans nos églises, aujourd’hui vidées, il ne faudra pas oublier qu’elles sont secondes par rapport à nos maisons et à la rue. Nécessaires, oui, mais secondes. (Gérard Billon)

 

Dimanche de la Résurrection. Sur Jean 20,1-9

C’est l’aube. Le surlendemain du jour noir de la mort. Marie Madeleine va seule au tombeau. Comme autrefois la femme de Samarie allait seule chercher de l’eau – mais en plein midi. Ni l’une ni l’autre ne veulent rencontrer qui que ce soit. Enfermées dans leur peine,  leur tristesse,  leur solitude… Quelque chose, quelqu’un leur manque.

Marie voit que la pierre a été enlevée. Par qui ? Elle fuit, elle court. Vers les deux disciples. Sa parole va plus loin que sa vue : qui est ce « on » qui a enlevé le Seigneur ? Qui est ce « nous » qui ignore où on l’a mis ? Elle a à peine vu que déjà elle suppose, elle échafaude… Les disciples courent à leur tour. Alors qu’ils entrent dans le tombeau, Marie reste dehors. Elle a eu l’humilité de se laisser bouleverser, la simplicité de demander de l’aide. Nos convictions sur Dieu, sur le mal, sur la mort, sont forcément bouleversées par ce qui se passe aujourd’hui dans le monde. Vers qui nous tourner ? Sinon vers Pierre, le disciple qui a renié et vers l’autre disciple, celui qui a aimé… Vers qui se tourner aujourd’hui sinon vers ceux et celles qui aiment suffisamment, malgré leurs erreurs, pour aider à vivre, pour nous aider à vivre…

Marie a eu raison de se tourner vers eux. Mais elle a tort de s’arrêter en chemin. Son émotion est un obstacle.

Dans le tombeau, la découverte de Pierre et du disciple aimé est à la fois minime et grandiose. Minime : le tombeau est vide, à part les linges mortuaires. Grandiose : pour le disciple aimé, ces linges deviennent des signes dans la nuit de l’intelligence car ils « parlent ». Ils parlent… de la Vie ! La vie inimaginable – et donc qui affole notre imagination. Seul le corps a disparu. On continuera longtemps à revêtir les morts d’un linceul ou d’un vêtement. Le corps du ressuscité, lui, est nu. Nu, comme à la naissance.

Fulgurante pour le disciple aimé, plus lente pour Pierre, encore en formation pour Marie Madeleine, la foi est ici à son origine : il faut laisser la pensée de l’incroyable venir jusqu’à soi, jusqu’à sa raison et rendre les armes… « Il vit et il crut ». Netteté de la foi chrétienne : le corps a disparu, mais il n’a pas été volé. Il a échappé à toutes ses entraves. Y compris les entraves historiques. Il est libre. À jamais.

Cette liberté fonde la nôtre. La mort n’est pas une fin, c’est une banalité de le dire. Libres, nous nous battons contre elle. Elle peut bien être là, virtuelle, réelle, elle n’est pas fatale. L’intelligence, désarçonnée un instant, se reprend. Oui, la foi demande de l’intelligence, pas seulement de l’émotion. Oui, elle ne méprise ni le chagrin, ni le doute. Elle les traverse.

Non, le monde ne va pas à sa perte. Certes, il ne va pas bien. Mais la pandémie, les guerres, les scandales, les forêts qui brûlent, la pollution de l’air n’auront pas le dernier mot. Oui, qui donne sa vie pour les autres vivra à jamais. Il vit déjà. Intensément. Oui, nous valons mieux que nos peurs et nos lâchetés. Oui, chacun de nous est aimé. (Gérard Billon)