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30e dimanche du temps ordinaire : le grand commandement

« Qui a envie d’être aimé ? » C’est le titre d’un joli film sorti il y a quelques années et qui racontait la (re)découverte de Dieu par un avocat comblé, aimé et aimant.

Tous, nous avons envie d’être aimé. Nous en savons le prix, la joie, la douleur et, à notre tour, nous essayons d’aimer, y compris ceux et celles qui, à première vue, disent et montrent qu’ils ne nous aiment pas…

Chaque jour, tout juif pieux prie avec le passage de l’Écriture suivant : « Écoute Israël, ton Dieu est l’unique. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force ! » (Dt 6,4).  Tu l’aimeras parce que tu sais qu’il t’a aimé le premier, il t’a rendu libre et ne veux que ton bonheur… Tout ton cœur, toute ta force pour lui, ce n’est que justice !

À la question-test de ses adversaires, Jésus a répondu. Mais en quoi est-ce un test ? En ceci, me semble-t-il : pour ses adversaires, Jésus accomplit des actions empreintes d’une profonde compassion avec les êtres blessés, « malades » ou égarés. Et, pour cela, il n’hésite pas à se tenir sur les frontières, à franchir les règles religieuses. Il guérit le jour du sabbat ! alors qu’il y a six jours pour cela ! Où est l’urgence ? Pourquoi n’honore-t-il pas  Dieu en respectant le temps de repos, en s’immergeant dans le repos même de Dieu qui refait nos forces pour repartir de bon pied dans la semaine ? À Dieu le sabbat – pour nous le dimanche – et aux autres la semaine… Les adversaires de Jésus cherchent à lui faire dire que le « grand commandement » c’est d’aimer le prochain – ce qui, par contrecoup, semble relativiser la place donnée à Dieu. La réponse est claire : le « grand » commandement – le premier, ajoute Jésus – est d’aimer Dieu. Bien. L’amour du prochain est second… mais, mais… il est semblable au premier ! Semblable ! Il en partage la grandeur, entraîné par le mouvement du premier commandement qui, sans lui, est boiteux… Peut-on dire qu’on aime Dieu si on méprise ou néglige son œuvre : la création et les êtres humains ?  

Le premier commandement, le grand, porte donc à devenir le frère ou la sœur de celui, de celle qui est « ma propre chair », mon semblable, fragile et faible (comme moi), à ne jamais violenter, mépriser ou écraser… Le livre de l’Exode, avec réalisme, attire l’attention sur quelques principes d’humanité envers les pauvres… Notre pratique religieuse qui se concentre dans la liturgie, se déploie dans l’action dite « caritative ». La vérité de ce que nous faisons dans ces murs se trouve en-dehors de ces murs…

« Les incroyants ont bien de la chance », m’a-t-on dit un jour, « ils peuvent faire ce qu’ils veulent ! » La réflexion est l’indice d’une foi encore vacillante. D’abord, les incroyants ont aussi une conscience. Notre conscience, à nous, a cette chance – qu’ils n’ont pas – d’être guidée par quelqu’un d’autrement humain que nous… Dieu.

Parce qu’il nous aime, Dieu s’est fait homme en Jésus-Christ. Du coup, l’être humain est élevé dans le Christ et par le Christ à une dignité divine. Depuis que Dieu s’est fait si proche, tout être humain est son prochain et le nôtre. Désormais, le plus court chemin pour « honorer Dieu » est d’honorer nos frères et sœurs en humanité.

Cette fraternité fondée sur l’amour divin est plus actuelle que jamais. Il y a urgence à révéler que Dieu aime même ceux qui ne l’aiment pas. Il y a urgence à répéter que les grands principes du permis/défendu qui structurent une société s’inclinent devant « l’amitié » dont le pape François parle si bien dans sa dernière encyclique. Il y a urgence à montrer que Jésus et ses disciples – nous – guérissent les corps et les cœurs blessés. D’ailleurs, avant de soigner, ne sommes-nous pas ici pour être soignés, recevoir la parole de consolation et le pain qui fortifie ? Un pain d’amour. (Gérard Billon)

 
 
28e dimanche du Temps ordinaire : bons et méchants invités

Curieux repas de noces où il n’est jamais question des mariés. Curieux repas où tous les premiers invités se dérobent. La parabole n’est pas plus réaliste que celles des dimanches précédents avec leurs histoires successives de travail à la vigne. On peut d’ailleurs penser que pour accompagner le festin, le vin est largement servi…

Le roi a la même patience que, dimanche dernier, le propriétaire de la vigne. Sa générosité est même plus visible. Il invite à la joie. Mais en face, qu’y a-t-il ? En face, il y a la même violence. Or, contrairement à dimanche dernier, le roi « craque » et il retourne la violence contre les meurtriers. La parabole ne s’embarrasse pas de nuances. Elle frappe vite et fort car toute violence finit par se retourner contre ceux et celles qui la font. Il n’y a pas de bonheur dans le crime.

Pourquoi, la deuxième fois, les invités se mettent-ils à tuer les messagers ? Nous, nous savons qu’il y a plusieurs façons de tuer. Dans le mépris, dans le rejet, dans la médisance, dans la calomnie, dans les portes fermées, les frontières fermées, les cœurs fermés, les mains fermées, n’y a-t-il pas des germes de mort ? Oh, mon Dieu, « délivre-nous du mal » !

Ces germes de mort sont dans la société et en nous comme des cancers. Nous pouvons en mourir. En fait, le roi n’a pas besoin de détruire nos villes et nos corps, nous nous en chargeons très bien nous-mêmes…

C’est ainsi qu’au lieu de trinquer et chanter dans la planète bleue, nous l’avons exploitée, salie. Certains endroits sont des dépotoirs, d’autres, des déserts. Des gens ont faim. Certes, tout n’est pas sombre : le prix Nobel de la paix vient de couronner les efforts du Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Soixante ans d’efforts contre la faim…

La bonté n’est pas affaire de religion. Elle est un mouvement venu du fond de l’âme, du fond du cœur. Un mouvement vers l’autre. Le roi a raison de ne plus trier ses invités : il y a des gens « bien » en-dehors de nos cercles de relations, en dehors de nos églises… Et il y en a aussi, heureusement, à l’intérieur de nos églises.

À la fin de l’histoire, le « méchant » fait partie des profiteurs. À la question du roi – qui ne veut que son bonheur, qui lui donne l’occasion de s’expliquer – il ne répond rien. Il ne parle pas de sa femme, de ses enfants. Il ne trouve pas d’excuse. Il est si centré sur lui-même qu’il est devenu aveugle, sourd et muet sur les autres… Il a déjà son cancer de l’âme. Jeté dehors, il vit une sorte de mise en quarantaine. Pas drôle sans doute, mais qui va lui permettre de réfléchir. Et ensuite, qui sait ?

Nous, chaque dimanche, le roi nous pose la question : as-tu bien le vêtement de noces ? Revêtu à ton baptême, il est blanc, tissé de lumière. Vêtement pour rire, chanter et danser dans la grande salle de fête du Royaume des Cieux.

Nous, nous répondons : oui, nous n’avons pas oublié que ton Fils nous a rendu la joie. Il nous a guéri de nos maladies de l’âme. Lucides, nous regardons avec ses yeux le monde que tu nous a donné. Nous savons que tu as besoin de nous, de nos forces, de nos prières, de nos gestes d’amitié, de notre courage pour une « maison commune » plus habitable, plus juste, plus fraternelle.

Aussi, aujourd’hui, donne-nous ton pain, petit morceau du grand festin. Il va nous donner du cœur à l’ouvrage. Déjà, il nous rend joyeux. (Gérard Billon)

 
27e dimanche du Temps ordinaire : La vigne du Seigneur de l’univers

Comme souvent, la parabole de Jésus est invraisemblable. Le maître du domaine est informé que les métayers molestent et tuent (!) ses serviteurs et il leur en envoie d’autres au risque de les voir revenir éclopés ou dans un cercueil ! A aucun moment, il ne porte plainte et ne fait appel à la police. Et les métayers sont assez stupides pour penser qu’ayant assassiné le fils héritier, ils vont recevoir l’héritage ?

Le maître du domaine est une image de Dieu. Patient jusqu’à l’extrême. Dans le poème du prophète Isaïe, c’est lui qui plante la vigne, cultive la terre, taille, protège, récolte… avec un résultat qui est loin d’être à la hauteur. À la place d’un vin joyeux, il récolte de l’amertume. Il s’est démené, il a sué et travaillé pour pas grand’chose…

Dans la parabole de Jésus ce n’est pas la vigne qui est mauvaise, mais les métayers. Le maître du domaine les a choisis, appelés – ils avaient des compétences –, il leur a fait confiance et devant leur mauvaise volonté au moment de la récolte, il envoie des gens une fois, deux fois, puis son fils… Patient, confiant, donnant ce qu’il a plus cher, son fils, dans l’espérance qu’ils pourraient changer de vie.

Ils ne changent pas. Pourquoi ? Est-ce par jalousie ? Par rancœur ? Parce qu’ils se veulent propriétaires du fruit de leur travail ? Posséder ce qui ne leur appartient pas ? Avoir le pouvoir à tout prix ? Peut-être. Ils sont entrés dans la tentation, ils ont été capturés par le mal, la méchanceté. Quant à la fin de la parabole, elle ne doit pas nous tromper. Elle vient des interlocuteurs de Jésus, pas de Jésus. Ils imaginent une conclusion dans la logique de la violence, la leur (la nôtre ?) : la mort pour les criminels ! Mais est-ce bien la logique du maître du domaine ? Ne pourrait-on imaginer que celui-ci se déplace en personne, rencontre, discute, obtienne des aveux et impose un châtiment à la mesure de la gravité des faits et de… sa miséricorde ? Ne pourrait-on imaginer que les criminels se convertissent ?

Nous, nous ne leur ressemblons pas. Nous n’avons pas le cœur endurci. Nous, nous prions : « ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du mal ». Ces métayers sont l’image déformée que ce nous pourrions être si… si nous n’avions pas cette prière et un défenseur…

Notre défenseur est Dieu le Père lui-même qui ne désespère jamais et qui, malgré nos fautes, croit en nous, espère en nous.

Notre défenseur est le Fils, le Christ, qui, encore une fois, nous donne aujourd’hui généreusement sa parole et son pain pour nous consoler, nous fortifier, nous aider à changer. Il est toujours temps, il n’y a pas de fatalité.

Notre défenseur est l’Esprit saint qui accompagne les changements, les conversions. Il n’y a pas de honte à reconnaître nos jalousies, nos égoïsmes, notre méchanceté.

Il est toujours temps de changer. Il est toujours possible de travailler à la vigne de Dieu, d’améliorer le terrain de nos vies, de produire le vin de la joie. De partager le vin de la joie, entre nous et avec celles et ceux qui ne sont pas dans cette église.

Il est temps de réécouter saint Paul : « Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu, mettez-le en pratique et le Dieu de la paix sera avec vous. »

La paix de Dieu qui est la victoire sur la violence et toute volonté de dominer. La paix qui donne un goût d’infini au vin que nous partageons. (Gérard Billon)

 

26e dimanche du temps ordinaire : les autres supérieurs à nous-mêmes

Le passage de la lettre aux Philippiens est bien tout un programme de vie chrétienne, de vie en Église, de vie en Christ ! Réconfort, encouragement, communion, tendresse, mêmes sentiments… Rien de vague en tout cela, mais une profonde exigence, une grande humilité. Il n’est pas très naturel d’estimer les autres supérieurs à soi-même ! Si nous n’avions pas l’exemple du Christ, et par suite sa grâce, comment le pourrions-nous ? En effet, tout cela, Jésus l’a vécu pour nous :

« Ayez en vous les dispositions / qui sont dans le Christ Jésus :
    ayant la condition de Dieu, / il ne retint pas jalousement / le rang qui l’égalait à Dieu… »

Il s’est anéanti, c’est-à-dire qu’il nous a considéré comme supérieur à lui-même ! Né non pas dans un palais de marbre mais dans une crèche, éduqué non pas à la capitale mais dans un petit village, Nazareth, et s’abaissant à laver les pieds de ses disciples comme un domestique, un bon serviteur. Jésus s’est voulu, il est, il reste notre serviteur. Il nous sert sa Parole et son Pain, son corps, sa vie…

Il a toujours considéré l’Autre – en particulier l’être humain malade, défiguré – comme l’autorité. C’est pourquoi il a l’audace, dans l’évangile, de mettre les pécheurs et les prostituées avant les justes ! Révolution tranquille, révolution religieuse et sociale. Non pas à cause des fautes commises par les pécheurs et les prostituées mais parce que, du fond de leur humiliation (ils se sont humiliés eux-mêmes en humiliant les autres), ils ont su, à un moment, entendre, écouter et se laisser toucher par la parole de conversion portée par Jean le baptiste.

Les pécheurs et les prostituées correspondent à l’enfant qui dit « Non » de façon brutale mais qui, ensuite, revient sur lui-même, change d’avis, agit, obéit à son Père. Ils se sont déplacés. Ils ont finalement placé le Père avant eux, ils l’ont considéré comme « supérieur » à leur propre désir, à leur propre plaisir, à leur propre jugement, à leur propre confort.

La foi est action, mouvement, changement de regard sur l’Autre, sur les autres, sur le Tout-autre qu’est Dieu.

Nous qui sommes des justes, retrouvons dans les autres ce que nous sommes, ce que nous avons été ! Pardonnons à ceux et celles qui nous ont fait du mal. Considérons-les comme des maîtres.

La fraternité chrétienne n’est pas une égalité. C’est la reconnaissance que mon frère, ma sœur, même plus jeune que moi, même fragile, même agissant mal, est non pas meilleur que moi mais supérieur à moi, dans sa faiblesse comme dans sa grandeur. (Gérard Billon)

 

25e dimanche du temps ordinaire : la parabole du salaire égal…

Verrait-ton les prud’hommes débouter ce patron parce qu’il aurait (trop} bien payé ses employés, certains selon le contrat passé, respecté – charges sociales versées – et les autres au-delà de toute mesure ?

D’un point de vue économique et social, l’histoire, encore une fois, est irréaliste. Jésus nous entraîne sur un autre plan que notre simple réalité.

L’être humain calcule. Nous calculons. Les bonnes notes, les salaires, le nombre de personnes qui peuvent se rassembler etc. Mais pas Dieu ! Dieu ne compte pas ses déplacements : petit matin, 9h, midi, 3h, 5h… Il veut donner du travail à tout le monde, éviter toute mendicité. Et si les premiers appelés au chantier joyeux du Royaume étaient les « vieux chrétiens » que nous sommes ?

Appelés de la première heure, nous avons été les plus pressés de collaborer au Royaume. Nous, nous avons eu la chance d’avoir compris très tôt l’importance de travailler, sous le soleil et le poids du jour, à la venue du Royaume des cieux : « Notre Père qui es au cieux, que ton Règne vienne… sur la terre comme au ciel ». Et cela nous rend joyeux puisqu’au final le produit sera un vin généreux.

Comme salaire, pour les premiers (nous) comme pour les derniers, Dieu donne sans calculer : « quand on aime, on ne compte pas » ! Toujours sur le qui-vive, il donne à en perdre la raison (humaine).

Aux yeux de Dieu, que l’on ait été ou non parmi les premiers à répondre, seule compte ( !) la décision de prendre part au chantier du royaume, au travail dans la vigne : tailler, surveiller, traiter, vendanger le droit et la justice, la bonté et la charité, la douceur et la fraternité.

Derniers ou premiers, nous sommes tous appelés à mettre en œuvre bonté, douceur, accueil, générosité et louange au Seigneur ! Nous sommes tous appelés à adopter son regard de bonté. On le fait plus ou moins bien, plus ou moins mal.

Ce que nous recevons de la part du Seigneur est généreux. Finalement, c’est cadeau et cela peut nous transformer.

Le cardinal Danneels (1933-2019) avait subi un triple pontage. À la question « Qu’est-ce que cela a changé ? », il répondait avec humour : « Dans la vie, il y a les « pontés » et les « pontables ». Quand on est un « pontable », on pense que la vie est un droit alors que lorsque l’on est « ponté », nous découvrons que la vie est un cadeau de chaque jour ».

Si la vie ordinaire est un cadeau, que dire de la vie que Dieu nous donne aujourd’hui ! Il nous a appelés ce matin. Nous sommes là. Déjà nous recevons de sa bonté notre salaire-cadeau : sa Parole généreuse et bientôt le Pain qui va nous accompagner dans la chaleur et le poids du jour.

Et, ce soir – ou bien au soir de notre vie (ordinaire) – nous laisserons joyeusement passer devant nous les derniers arrivés dans le travail de la vigne. Nous serons heureux qu’ils aient pu, avec nous, bénéficier de la grâce et de la bonté de Dieu. (Gérard Billon)