Fête du Corps et du sang du Christ pour nous régénérer
Dans le repas de l’Alliance, c’est toute la bonté de Dieu qui est concentrée dans la chair et le sang de son Fils. Plus exactement, il nous redonne ce qu’il a pris : notre humanité. Il a pris chair et sang en Jésus grâce à la Vierge Marie. Jésus a vécu chair et sang dans la prédication du Royaume. Il a offert chair et sang sur la Croix.
Et nous, ses disciples, nous recevons de lui, ce matin, notre humanité renouvelée.
« Prenez et mangez… ». Jésus nous demande de manger le pain. Manger et assimiler. Assimiler dans notre chair, sa chair à lui, son humanité entièrement donnée à Dieu. Et cela est joie, il nous partage la coupe du vin de fête.
Jésus nous demande d’assimiler ce qu’il est, tout ce qu’il est : son humanité divine et sa divinité charnelle. Son amour pour Dieu son Père et son amour pour nous. Il désire nous nourrir de sa compassion envers les malades, les exclus, et faire passer en nous la confiance qu’il a eu envers son Père.
Le livre du Deutéronome l’a rappelé : l’être humain est pauvre et fragile et ne vit pas seulement de pain, le pain de notre travail, de nos efforts, nourriture ordinaire, parfois difficilement gagnée. Nous nous nourrissons aussi d’amitié, d’amour, de beauté. Chaque dimanche, nous recevons l’amitié de Dieu pour chacun de nous. Chaque dimanche, nous recevons les paroles de la vie : est-ce que nous les mangeons ? Nous recevons le pain de la vie est-ce que nous l’assimilons ? Pour que les paroles et le pain, pour que notre chair régénérée par Dieu ouvre nos yeux sur le monde, nos mains vers nos frères et sœurs. Pour que nos cœurs deviennent, vraiment de chair, larges, à la mesure du cœur de Père des cieux et du cœur du Christ.
Chaque dimanche, s’opère une sorte de transfusion entre Dieu et nous, grâce à l’Esprit saint. Transfusion de la vie du Christ. Pour que nos corps reprennent force, reprennent vie.
Quand nous venons communier, nous recevons une hostie. Aux yeux humains, ce n’est qu’un un peu de farine et d’eau. C’est pauvre, comme nous. Aux yeux de la foi, c’est le corps du Christ, Dieu devenu homme, Dieu parmi-nous, Dieu-avec-nous. Pour l’éternité. Aux yeux humains, du banal : à peine du pain. Aux yeux de la foi, une offrande libre faite de corps, de sang, de larmes, de gestes de bonté. Une offrande, autrement dit une prière.
Rentrons dans cette prière, dans ce mouvement du Christ vers Dieu et vers tous les êtres humains. Que l’Esprit saint dépose en nous ce qui est la vérité de la chair de Dieu : l’amour, l’amitié, la grâce. (P. Gérard Billon)
Pentecôte 2026 – L’Esprit de Dieu pour une Alliance retrouvée
Les apôtres attendaient. Ils avaient une double consigne : « ne pas rester à regarder le ciel » (çà c’était pour le passé) et « être les témoins du Christ ressuscité sur toute la terre » (çà c’était pour l’avenir). Il est parfois dur de se décrocher du passé. Et on se demande parfois s’il et bien prudent de tenter une nouvelle aventure. Alors il se sont ressourcé dans la prière. Pas tout seuls. Avec eux il y avait la mère de Jésus et sa famille proche.
Ils ont reformé un groupe qui se veut un concentré de l’histoire du peuple juif, le peuple avec lequel Dieu a fait alliance : ils étaient Onze (vu la défection de Judas), il ont appelé un douzième. Bref, avant de partir sur les routes du monde, ils prennent soin d’intégrer deux traits distinctifs qui sont désormais ceux de l’Église : 1) le groupe chrétien dans la continuité de l’histoire de l’Alliance avec les tribus d’Israël et 2) il est né d’une Alliance incarnée, réalisée un corps de chair qui a grandi en Marie sur laquelle avait reposé l’Esprit saint.
Le premier trait est celui de l’Alliance éternelle. Le deuxième, celui de l’Alliance nouvelle.
Du peuple de l’Alliance éternelle Jésus a reçu sa foi et son espérance. Il a inscrit l’Alliance nouvelle dans un groupe qu’il a choisi et formé.
À ce groupe formé par Jésus, Dieu le Père a donné ce qu’il avait donné à Marie, à savoir son Esprit afin d’engendrer au monde l’Alliance éternelle et nouvelle.
À chaque fois que nous fêtons la Pentecôte, nous fêtons notre identité : 1) peuple de l’Alliance éternelle, nous avons nos racines en Abraham, Moïse, David et les prophètes, 2) peuple de l’Alliance nouvelle, nous sommes enfants du Dieu incarné, à qui rien de ce qui est humain n’est étranger.
Dès le début, les 70 nations présentes à Jérusalem représentent tous ceux et celles qui espèrent qu’on les sorte de leurs divisions, qui espèrent l’assurance de la fraternité retrouvée. Fraternité ? Oui. Par-delà les divisions, la barrière des langues, des coutumes, des conditions sociales, nous n’avons qu’un seul Dieu et Père et nous sommes tous frères et sœurs.
Ils sont nombreux, à l’extérieur de ces murs, à ne pas savoir trop ce qu’ils cherchent. Que l’Esprit saint aujourd’hui nous les fasse rencontrer, nous faisant sortie hors de nous-mêmes. Nous savons le bonheur qu’il y a à écouter les paroles de la vie et à recevoir le pain de la vie. Que l’Esprit saint nous fasse rentrer dans la grande histoire de l’Alliance éternelle et nouvelle !
Il n’y a plus à regarder le ciel : c’est la terre, le grand chantier du Royaume et de l’Evangile. Notre chance c’est d’avoir reçu la respiration même de Dieu. L’entendons-nous en nous, la respiration de Dieu, l’Esprit éternel à la présence toujours nouvelle en nos corps de chair ? (P. Gérard Billon)
Ascension du Seigneur : notre humanité au ciel avec le Christ
Jésus ressuscité passe de cette terre au ciel. Il passe du monde des humains au monde de Dieu son Père. Mais il amène avec lui ce qui nous fait humain, le poids de notre chair blessée et sauvée puisqu’il garde, pour l’éternité, les traces de sa Passion.
Luc, dans les Actes des Apôtres, décrit une montée aux cieux. Mais Matthieu, dans son évangile, nous laisse avec Jésus « tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Deux accents différents. Deux vérités pour un paradoxe : son corps de chair est désormais au ciel et, sur terre, grandit son corps éternel ! Son corps de chair est auprès de Dieu : voilà le prix accordé à notre humanité. Mais son corps éternel qui parle, qui soutient, qui nourrit est avec nous : dans les Écritures lues et reçus, dans le pain eucharistique consacré et partagé, dans notre assemblée diversifiée, dans la beauté de la création, dans nos semblables dans le besoin !
Pour croire qu’il à la fois au ciel avec son corps terrestre ressuscité, comme le dit Luc, et, en même temps, sur terre avec son corps céleste, comme le dit Matthieu, il nous faut bien l’Esprit saint !
Comme homme, Jésus partage la gloire de Dieu son Père. Il est « à sa droite » et il lui parle en notre faveur. En même temps, il nous parle à nous dans l’Église avec un grand « E ». L’Église, issue, des Onze apôtres éduqués à agir dans le Royaume de Dieu. L’Église, qui avec les apôtres et la vierge Marie, attendent la venue du ressuscité « à la fin du monde ». Et nous, leurs descendants, nous écoutons, nous entendons et nous comprenons grâce à l’Esprit saint qui est notre aide, notre soutien, notre défenseur.
Le départ du Christ est le début du commencement des chrétiens. La fin du commencement sera la Pentecôte.
Les disciples vont s’en aller de par le monde avec « l’énergie, la force et la vigueur » comme l’a dit la deuxième lecture. Avec un petit handicap, quand même : ce tremblement qui ressemble à du doute – comme les disciples sur la montagne : si tout çà, ce n’était pas réel ?
C’est réel. Son corps de chair blessé par amour pour nous est auprès de Dieu. Nos corps de chair sont prêts pour aimer, pour pardonner, pour résister au mépris, à l’envie de cogner, de haïr, de se venger ou de se calfeutrer parce que dehors, çà va mal et çà nous fait mal.
À la fin du monde, nous lui présenterons au Christ et à son Père, nos résistances et notre amour. D’ici là, grâce à l’Esprit saint qu’il nous envoie, nous devenons les témoins de l’espérance, de la lumière, de la bonté, de la beauté, en paroles et en actes. Que l’Esprit saint nous tire par le haut ! Qu’il nous aide à prendre de la hauteur !
Devenons, non pas des êtres exceptionnels, mais des êtres ascensionnels ! Pour voir les choses de la terre à partir du ciel. Pour voir, dans les choses de la terre, l’éclat de la divinité. Pour ce qui dans ce qui passe, l’éclat de l’éternité. Un éclat qui est déjà là, dans notre assemblée… (P. Gérard Billon)





