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3e dimanche de Pâques : absent et présent

Le récit de Luc insiste. Le Seigneur ressuscité est à la fois différent et le même que Jésus de Nazareth.

Différent : Jésus n’est plus visible en permanence chez les siens. Il est tantôt absent, tantôt présent. À la frontière du visible. Ses déplacements ne sont pas limités, comme chez nous, par des barrières physiques. Il vit dans une condition nouvelle. Cela, Luc, le décrit à merveille.

Le même : il est bien celui qui a marché à la tête de ses apôtres de la Galilée à Jérusalem et qui a souffert sur la croix : son corps ressuscité porte encore les stigmates de la Passion. Il n’est pas non plus un pur esprit. Il mange du poisson cuisiné simplement, grillé.

Il apparaît, il mange, il enseigne et, à la fin, il envoie. Les apôtres – le mot signifie « envoyés » – sont appelés à être les témoins de ce Jésus le Nazaréen qui a été crucifié et qui est ressuscité. Qui est vivant. À la fois absent et présent et dont l’enseignement peut nous faire grandir : Dieu aime les humains… quand bien même ceux-ci continueraient de lui tourner le dos. Il aime, il donne, il pardonne…

Les apôtres ont réussi leur envoi et leur témoignage. Si le Seigneur ressuscité nous parle aujourd’hui, c’est parce qu’ils ont parlé, eux les envoyés, et que d’autres, dans leur sillage, ont parlé à leur tour, ont écrit, transmis, traduit, commenté, vécu.

Nous écrivons l’Évangile avec nos paroles et nos actes. Jésus est absent, mais son corps est là. Son corps de Nazaréen est raconté par les Écritures chaque dimanche. Chaque dimanche, son corps ressuscité s’offre à nous sous l’espèce du pain.

Pour comprendre Jésus vivant, il nous faut lire et relire les Écritures. C’est ce que le ressuscité a fait avec les disciples d’Emmaüs. C’est ce qu’il refait avec ses apôtres avant de les envoyer. Les Écritures sont une école de formation permanente. C’est pourquoi il n’y a pas un rassemblement eucharistique qui ne nous fasse parcourir les Écritures avant de nous proposer de manger le pain consacré.

Il n’y a aucun sacrement dans l’Église qui ne commence, humblement, par l’écoute du Dieu vivant dans les Écritures. Là nous comprenons que les événements qui concernent Jésus le Christ mort et ressuscité s’inscrivent dans le vaste projet de Dieu : « il fallait que… ». À nos intelligences de saisir un peu de « tout ce qu’avaient annoncé les prophètes », de saisir un peu la vérité du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Dieu de Jésus Christ.

Alors – et alors seulement – nous mangeons le pain, corps ressuscité.

Tout à l’heure, après la messe, nous nous rassemblerons autour du repas. Sur la table, il y aura du poisson grillé ou autre chose. Ce repas familial, amical, sera baigné de la lumière de Pâques, de la lumière de l’unique repas (qui en est à peine un), concentré d’amour de Dieu pour nous.

Christ ressuscité est là, dans notre assemblée : le ciel peut être clair et frais. Je sais qu’une joie autrement lumineuse nous réchauffe le cœur. Et que çà change nos vies. Que « l’amour de Dieu peut atteindre en nous sa perfection ».

En nous, corps du Christ ressuscité pour le monde. (Gérard Billon)

 

 

2e dimanche de Pâques, dimanche de la Miséricorde

Dimanche dernier nous avons fêtés Pâques, cet événement stupéfiant : un mort est vivant ! Jésus est ressuscité ! C’est un événement incroyable, unique. Comment réagir ?  Comment y croire, hier comme aujourd’hui ?

Pour cela, essayons ensemble de regarder à travers le texte d’évangile de ce jour comment 1) voir au-delà des apparences … 2) pour croire en dépassant l’incroyable.

1)  Voir au-delà des apparences :

 Le sens de la vue nous permet d’accéder à l’apparence des choses. C’est ce qui se passe pour les apôtres… Jésus vient au milieu d’eux, ils le voient, ils voient ses mains et son côté. Ils voient et ils sont remplis de joie. Ils retrouvent le « monde d’avant » et ils sont heureux.  Ils ne voient rien de plus que ce qu’ils ont connu : Jésus ! Au final, c’est un peu comme si rien ne s’était passé. L’événement de la mort est comme gommé.

Jésus cherche donc à les ouvrir : il leur dit « Recevez l’Esprit Saint ». Il cherche à les faire bouger : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

Mais, rien ne se passe. Huit jours plus tard ils sont toujours enfermés. Il faudra attendre la Pentecôte pour qu’ils sortent !

Il en est tout différemment de Thomas : voilà un homme de bon sens, solide, réaliste. Non seulement il veut voir, mais aussi il veut toucher. Puis, en un instant, il dépasse l’apparence des choses. Tout d’un coup il « voit » !  Il voit un événement stupéfiant, incroyable, unique… et il laisse jaillir un magnifique cri de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il « voit » Dieu lui-même dans l’homme Jésus qu’il connaît pourtant bien. Alors Jésus lui dit : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Même ceux qui « ont vu » ont dû voir au-delà des apparences. Même ceux qui ont vu devront croire au-delà de ce qu’ils ont vu.

2) En effet pour croire, il nous faut dépasser l’incroyable :

 C’est incroyable que l’amour soit plus fort que la mort au point de ressusciter un mort ! C’est incroyable que Dieu aime chacun de nous jusqu’à en mourir ! C’est incroyable que l’Esprit Saint, Dieu lui-même, nous soit donné !

Pour dépasser l’incroyable, la Parole de Dieu, les miracles sont utiles mais, comme pour Thomas, c’est la rencontre avec un témoin de l’amour de Dieu, c’est la découverte de l‘amour de Dieu vivant dans un homme qui nous permet de dépasser les limites de nos sens et de notre intelligence.

C’est pourquoi Jésus nous dit : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Pour quoi faire ?

Pour que chacun découvre la profondeur abyssale de l’amour de Dieu. Pour cela il nous donne une mission : « A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis » Le seul péché, nous le savons, c’est de ne pas croire à l’amour de Dieu, c’est de ne pas croire à la miséricorde de Dieu.

Et Jésus ajoute : « Tout homme à qui vous maintiendrez les péchés, ils lui seront maintenus ». Être maintenu dans son péché, c’est continuer d’ignorer l’amour de Dieu.

En vivant nous-mêmes de l’amour de Dieu, nous sommes envoyés pour faire connaître que Dieu est Père, Amour, Pardon et Miséricorde…

Conclusion : « On ne voit bien qu’avec le cœur » dit le renard au Petit Prince. Les verrous de notre cœur sautent lorsque comme Thomas, nous découvrons l’amour absolu… celui-là même que nous cherchons confusément tout au long de notre vie…

Alors nous sommes libérés ! Comment alors ne pas partager cette joie profonde qui nous fait annoncer à temps et à contre temps : Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité ? Thomas a fait le voyage intérieur qui l’a conduit à être certain de l’amour fou de Dieu. Et il est parti annoncer cette « bonne nouvelle » en Perse, en Inde et en Chine. (Henri Miailhe)

 
Jour de Pâques

Les attitudes de Marie-Madeleine, Pierre et le Disciple anonyme appelé « le disciple que Jésus aimait » représentent plusieurs moments du chemin de la foi.

Marie-Madeleine, d’abord. Que va-t-elle faire, seule, au tombeau ? Ailleurs, chez Matthieu, Marc ou Luc elle est avec d’autres, elle porte des aromates, elle vient se recueillir. Ici, elle est seule, sans aromates. Quel est le sens de sa venue ? Le chagrin, l’amour, la solitude qui naît des séparations brutales, On peut tout lui prêter…

Elle voit que la pierre a été enlevée. Par qui ? Sans prendre la peine d’aller plus loin, elle court vers deux disciples de Jésus et elle les fait entrer dans son désarroi : « nous ne savons pas où est le corps ». Elle leur fait partager son affolement, elle les affole. Ils se précipitent…

Marie-Madeleine représente ici le premier mouvement de la foi : perdre ses repères habituels, être chamboulé, bouleversé.  Or, égarée, perdue, elle demande de l’aide à ses amis. C’est déjà le deuxième mouvement : demander de l’aide, faire appel aux autres…

Pierre et l’autre disciple ont couru, affolés par les paroles de Marie-Madeleine. Dans le tombeau, leur découverte se résume à peu de choses : oui, le tombeau est vide et les linges qui entouraient le cadavre sont restés sur place. Pierre observe bien mais ne comprend pas. Pourtant tout est là : le corps absent mais les linges pliés. Tout a été fait avec soin. Pierre n’est pas loin de Marie-Madeleine. Celle-ci est prisonnière encore de l’émotion. Lui l’est de sa raison. Il s’en faudrait de peu. La raison de Pierre est interrogée. La réponse est tout proche. Il lui faut, comme toujours, l’aide de l’autre disciple.

Pour ce dernier, ces linges pliés avec soin sont un déclic dans les ténèbres de l’intelligence : ils disent la Résurrection. Seul le corps n’est plus là. Nu comme à la naissance. Nouvelle naissance.

Le disciple que Jésus aimait nous oriente vers le troisième mouvement de la foi : sauter dans l’inconnu, laisser la pensée de l’incroyable venir jusqu’à soi, dépasser l’émotion, traverser la raison et rendre les armes… « Il vit et il crut ». Jamais la foi chrétienne n’a été décrite avec autant de pureté. Le corps de Jésus a disparu, mais il n’a pas été kidnappé à la sauvette. Tout est trop bien rangé. Il n’a pas vu la corruption, il s’est échappé de toutes ses entraves. Il est libre. Pour l’éternité.

Désormais, chaque « premier jour de la semaine », nous nous dirigeons vers un tombeau vide. Mais la force de l’habitude nous fait oublier que nos déplacements ne sont pas dans l’ordre naturel des choses. Nous venons dans l’église pour célébrer le Ressuscité non par habitude mais pour… Au fait, pour… quoi ?

Nous sommes là pour être bouleversés – un peu – par la parole de Dieu, pour être consolé ou être critiqué par elle. Pour recevoir de quoi être vivant grâce au pain rompu. Afin de changer notre regard sur la vie, sur Dieu, sur les autres. Afin de mieux croire et repartir, plus forts, dans un monde qui est parfois beau, parfois triste – comme est triste ce temps de pandémie. Repartir pour lui redonner de la vie, de l’espoir, à ce monde découragé.

L’aurore pascale dont certains se moquent ailleurs nous emplit de joie. Non le monde ne va pas à sa perte. Non, ni la guerre, ni la pandémie, ni la lente destruction de la planète, ni le mépris des pauvres n’auront le dernier mot. Oui, qui donne sa vie pour d’autre vivra pour l’éternité. Oui, nous valons mieux que nos lâchetés. Oui, nous sommes vivants ! (Gérard Billon)

 
Vigile pascale à l’aube

« Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. »

Pourquoi la liturgie propose-t-elle de fêter et Noël et Pâques dans la nuit ? Peut-être parce que la nuit est un temps de silence, d’épreuve où tous nos sens sont exacerbés.

Le silence n’est peut-être pas total mais des choses importantes s’estompent. Hormis pour les travailleurs de la nuit, la nuit est faite pour dormir. La nuit on lâche prise, on se laisse aller et le corps et l’esprit glissent dans le repos…

Deux nuits viennent de nous être rappelées : la nuit de l’exode et la nuit du tombeau.

Dans la nuit de l’exode, Dieu se met en quatre pour permettre à son peuple de passer la mort et la haine, l’oppression et l’humiliation. Dieu combat. Combien de peuples, de nations, de gens humiliés aimeraient que ce Dieu-là réponde à leur souffrance, à leur prière…

Combien de peuples attendent que les amis du Dieu de la vie leur disent comme le prophète Isaïe : les eaux du malheur ne submergeront plus la terre et c’est dans une ville colorée que nous allons danser. Et Dieu, orfèvre et tailleur de pierre, viendra construire la ville à nos côtés.

La nuit du tombeau suit la nuit de l’exode. Elle n’est pas celle du combat mais du silence. Le silence qui suit le combat, qui suit la croix. Crucifié, Jésus a enseveli nos péchés, nos lâchetés, nos perfidies, nos jugements quotidiens si peu fraternels, notre lassitude d’une pandémie qui mine peu à peu la patience, la confiance, la solidarité. Il a enseveli la mort. De notre vie, de sa vie, il ne reste qu’une écume, celle du premier humain : la confiance, l’harmonie, la responsabilité, l’engagement…

Cette écume nous est redonnée dans une troisième nuit : celle de la résurrection. Les plus grands artistes l’ont approchée maladroitement Car la beauté et la vérité de cette nuit sont si intenses qu’elle se passe d’image et de mots.

En lâchant prise devant la haine et l’humiliation jusque dans la nuit du tombeau, Jésus a pris la mort de court. Contrairement à ce que certains disent, la mort ne détruit pas tout. Elle peut miner la confiance, l’harmonie, l’engagement, elle ne peut les détruire. La nuit de la résurrection est la nuit de l’exode à la puissance infinie.

Chacun de nous désormais peut s’engager dans cette nuit parce nous savons que l’obscurité qui enserre nos âmes se dissipe. L’aurore va se lever, joyeuse ou maussade peu importe. Elle ne peut que se lever. Parce que Dieu le combattant a connu la nuit du tombeau, montrant que la mort ne pouvait tout engloutir, nous sommes vivants.

Nos corps sont libérés, nos yeux s’ouvrent et nos mains. Nos bouches peuvent annoncer l’espérance. Nos pieds sont déliés et peuvent danser, courir, agir.

« Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. » (Gérard Billon)