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Deuxième dimanche de l’Avent : l’utopie de Dieu

Dieu est un utopiste. Il croit en nous. Il croit dans les possibilités qu’il a déposé en nous à la création du monde. Alors même que nous portons des habits de tristesse, il appelle à porter des habits de joie.

Nous avons des raisons d’être triste. L’Église catholique à laquelle nous appartenons est traversée de tensions et de violences. Il y a des dégâts. En France, elle vient de reconnaître ses fautes et, surtout, elle prend les moyens de se ressaisir. Elle peut donc entendre la parole du Seigneur Dieu relayée par le prophète Baruc : « enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu. Alors, éprouvée et rénovée, tu recevras les noms de ‘Paix-de-la-justice’ et ‘Gloire-de-la-piété-envers-Dieu’ ».

La générosité de Dieu est immense. Il croit que nous pouvons revêtir le manteau de sa justice. Quelle utopie ! Nous sommes éprouvés. Par la situation sanitaire, par les tentations identitaires, par des propos qui soufflent la haine, par le semi-échec de la conférence de Glasgow, les limites de nos institutions ecclésiales, la révélation des scandales. Or, dans notre tristesse, le Seigneur Dieu nous renouvelle. Il croit en nous.

Parce que c’est le temps de l’Avent, temps de l’attente du Seigneur qui vient, l’épreuve que nous traversons devient le temps nécessaire pour nous remettre devant l’essentiel. Au désert où nous emmène Jean le baptiste, nous nous mettons devant la tâche sociale qui nous est confiée : rendre droit ce qui est tortueux, aplanir les chemins rocailleux. Je dis bien « tâche sociale ». Le spirituel s’exprime en actes visibles. Le salut prend la forme de soins, de gestes solidaires, de réflexions fraternelles. Ceux et celles qui sont blasés peuvent bien sourire devant l’utopie prophétique. Mais je le crois : si le Seigneur peut passer sur un chemin préparé, les plus fragiles de la société y passeront après lui, avec lui.

L’utopie de Dieu, proclamée par Baruc et d’Isaïe, relancée par Jean le baptiste, nous est confiée comme à tous les humains de bonne volonté. À l’extérieur de l’Église, il y a le téléthon. À l’intérieur de l’Église, le Secours catholique, l’œuvre d’Orient, les cellules d’écoute des victimes et tant d’autres mouvements irrigués par l’amour de Dieu et du prochain.

Nous n’avons pas attendu l’Avent 2021 pour « préparer le chemin du Seigneur ». C’est pourquoi le pape François, qui pense au prochain rassemblement des évêques en 2023, veut écouter les réalisations actuelles du peuple chrétien, s”es dynamismes, ses demandes, ses limites. La « synodalité » ou, si vous voulez, le « marcher-ensemble », nous le vivons. Le pape nous invite à y réfléchir, à la déployer, à l’imaginer dans le monde d’aujourd’hui, les yeux fixés à l’horizon vers le Seigneur qui vient. Sans nostalgie.

En nous emmenant au désert pour retrouver l’essentiel, le Seigneur cherche à creuser notre soif, notre besoin de lumière, d’intériorité. Dans le désert, nous sommes loin du bruit, nous sommes face à nous-mêmes. En soi, on le retrouve, au fond de nos cœurs. Il parle. Puissions-nous nous mettre en accord avec son rêve d’un royaume de Justice et de paix. Puissions-nous agir pour que notre Église reçoive les noms de ‘Paix-de-la-justice’ et ‘Gloire-de-la-piété-envers-Dieu’. (Gérard Billon)

 
Premier dimanche de l’Avent : Christ est venu, Christ viendra, Christ vient !

Comme il est étrange qu’au début de ce temps qui mène à Noël l’évangile parle des bouleversements de la nature, du « fracas de la mer et des flots ». Sans doute pour marquer le coup. Car Noël n’est pas l’anniversaire de la naissance de Jésus. Notre regard doit se porter autant sur l’avenir que sur le passé. Avec un appel : rester éveillés.

La venue du Christ est à la fois un événement passé : Noël et un événement futur, à la fin des temps.

Le passé. À Noël, nous fêtons sa naissance à Bethléem, la naissance du seul et vrai « Germe de justice ». Nous préparons la fête d’une part avec des crèches, des guirlandes et de petits cadeaux mais surtout avec un « amour de plus en plus intense et débordant » afin d’être dignes de ce qu’il veut : la justice et la paix.

Le futur. Notre regard perce le visible pour discerner l’invisible. Par-delà les cassures visibles de notre monde, par-delà le fracas de la mer et des flots, Jésus, « fils de l’Homme » crucifié par notre violence et nos lâchetés, mais ressuscité et vivant en Dieu, vient vers nous et nous attire à lui.

Entre la joie de Bethléem – première venue du Christ, unique – et la lumière mystérieuse de la fin des temps – prochaine venue du Christ, unique et espérée – il y a, si je puis dire, une venue intermédiaire, répétée chaque dimanche, discrète et puissante. Elle se réalise maintenant. À chaque rassemblement eucharistique, le Christ vient nous sauver du marasme quotidien. Il nous redonne du cœur à l’ouvrage. Il vient nous donner des provisions : les paroles tirées du Livre de la Vie et le pain offert en action de grâce sur l’autel.

Il vient nous donner le Livre de la Vie. Il nous rappelle qu’il est venu autrefois nous révéler notre beauté et celle de la création. Il nous avertit aussi que ce n’est pas fini et qu’il nous faut garder les yeux et les oreilles grands ouverts.

Il nous demande de rester éveillés. Ne pas nous endormir sur les merveilles divines d’autrefois, bercés par les refrains de Noël. Refuser toute nostalgie.

Rester éveillés. Scruter l’horizon. Le futur est déjà commencé. Prier pour que le Règne de Dieu arrive. En attendant, oui, en attendant, il nous donne de quoi ranimer notre identité première de bâtisseurs du royaume de justice et de paix.

Prier est difficile. Soit parce qu’on se dit qu’on a autre chose à faire. Soit par ce qu’on attend trop de la prière, comme si c’était magique. Dans les deux cas, nous sommes centrés sur nous-mêmes. Or, même exprimé maladroitement, Dieu entend nos demandes, nos remerciements, nos chants, notre confiance. Il répond, mais parfois, nous ratons sa réponse, trop occupés de nous-mêmes et pas assez de lui, le créateur du monde.

Ce matin, les oreilles grandes ouvertes, nous venons d’écouter la Parole. Une phrase, des phrases, des images nous ont touchés, j’espère. Qu’elles descendent en nous et nous transforment. Qu’elles deviennent prière, pure offrande à Dieu et don généreux de nous-mêmes aux autres. Que notre prière se glisse dans sa prière à lui, le sauveur du monde !

En nous invitant à participer à son dernier repas, à l’offrande de sa vie, en nous partageant son corps, Jésus nous « rend irréprochables en sainteté » selon les mots de St Paul. Au milieu des désordres du monde, nous découvrons que nous sommes choisis, mis à part pour une œuvre d’amour et de salut. Saints, de la sainteté même de Jésus, renonçant à nous-mêmes pour avancer dans la nuit avec confiance. Par toute notre vie, nous chantons : « Notre Père, que ton règne vienne ! » (Gérard Billon)

 

 
 
34e dimanche : Christ, roi de l’univers

Il a reçu tout pouvoir. Il domine tout. Verbe de Dieu, il domine la création et ce n’est pas pour lui faire du mal, au contraire. Roi de tout ce qui existe, est-il aussi le roi de la violence, de ce qui nous divise ? Oui, car il a vaincu la violence en s’identifiant, devant le gouverneur Pilate, à toute personne humiliée, à toute personne que nous humilions.

Face à Pilate, que domine-t-il alors qu’il est seul devant quelqu’un qui a droit de vie et de mort ? Réponse : il maitrise totalement «la» vérité. La vérité sur Dieu, sur l’être humain, la vérité du Créateur et de ses créatures.

Quelle image avons-nous d’un roi ? Un roi, pensons-nous quand nous sommes enfants, a tout pouvoir, de vie, de mort et ne rend compte à personne. Erreur. Cela c’est un dictateur. Un roi rend compte devant son peuple, représenté par diverses institutions. Il rend compte de l’exercice de son pouvoir, de sa « domination ».

Dans la tradition d’Israël, la « domination » du roi met en actes deux mots : « le droit et la justice ». La justice assure la paix à tous, riches et pauvres. Le droit, donné par Dieu, définit les règles qui canalisent les abus et la violence. Ils ont pour objectif le «bien» du peuple. Le roi, en définitive, leur est soumis.

Dans la vision poétique de Daniel, Dieu remet tout pouvoir au mystérieux « Fils d’homme », à la fois humain et plus qu’humain. Que Dieu remette tout pouvoir à cet homme-là montre la confiance absolue qu’il a en lui. Si les êtres humains ne croient pas en Dieu, Dieu croit au moins en un être humain : Nous savons qu’il s’agit de Jésus le Christ qui nous rassemble aujourd’hui.

Cet être humain, nous le servons. Nous en sommes les serviteurs. Non pas comme des esclaves qui obéissent avec la peur du bâton et la carotte du confort. Nous le servons en essuyant ses larmes en toute personne qui a été trahie, accusée, humiliée, déshumanisée. Nous le servons en participant au monde qu’il désire, en reprenant à notre compte – parce qu’il ne va pas y arriver tout seul – la « justice et la paix ». Il a besoin de relais, par exemple le Secours catholique qui a quelques moyens mais jamais assez.

Devant Pilate, Jésus est roi. Roi non d’un seul peuple mais de tous les peuples. Roi sans armée. Trahi, accusé, humilié, déshumanisé. Son royaume de justice et de paix n’a pas d’autre relais que nous, que notre Église, que nos communautés locales. Nous pouvons nous tromper, nous décourager, c’est néanmoins le service que nous avons à assurer quoiqu’il arrive.

Dieu a cru en Jésus qui, dépassant toute violence, a dominé la mort. Il a tué la mort en acceptant d’être crucifié avec, au cœur, la foi que la vie, la vraie, la vie de Dieu son Père est immortelle, éternelle. Tous les germes de mort dont nous sommes complices ont été vaincus. Par lui. Il peuvent l’être par nous, ses serviteurs.

Comment dépasser la violence qui est en nous ? L’envie d’avoir raison – toujours avec de bonnes raisons. Comment acceptons-nous de recevoir de lui sa puissance d’amour qui domine la mort ? De recevoir la vérité sur ce que nous sommes (nous valons mieux que ce que nous pensons). Comment acceptons-nous de recevoir la vérité sur Dieu, lui qui s’est identifié à tout être humilié, à tout être qui pleure. Afin que celui-là, celle-là, redevienne libre, joyeux, confiant. Acceptons-nous de le servir en dehors de ces murs? Là où il nous attend. (Gérard Billon)