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18e dimanche du temps ordinaire : compassion, partage, eucharistie

Dans cet événement raconté par l’Évangile, nous pouvons saisir trois messages.

Le premier est la compassionFace à la foule qui le poursuit, Jésus ne réagit pas avec irritation, il ne dit pas: « Ces gens me dérangent ». Au contraire, il réagit avec un sentiment de compassion, parce qu’il sait qu’ils ne le cherchent pas par curiosité, mais par besoin. Ce que ressent Jésus – la compassion – ce n’est pas simplement avoir pitié, c’est plus que cela! Com-patir, étymologiquement veut dire « souffrir avec ». Autrement dit, Jésus s’identifie avec la souffrance des autres, au point de l’assumer. Jésus souffre avec nous, il souffre pour nous. Et le premier signe de cette compassion, ce sont d’abord les guérisons qu’il accomplit. Et ensuite, c’est de nourrir les foules qui ont besoin de manger. Pour le dire autrement, Jésus nous enseigne que nos exigences, bien que légitimes, ne seront jamais aussi urgentes que celles des pauvres, qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Et son enseignement n’est pas que paroles, il est un agir : il guérit les malades, il nourrit la foule, concrètement.

Le deuxième message est le partage. Il est utile de comparer la réaction des disciples, face aux gens qui sont fatigués et qui ont faim, avec celle de Jésus. Elles sont différentes. Les disciples pensent qu’il est préférable de les renvoyer, afin qu’ils puissent aller se procurer de la nourriture. Jésus en revanche dit : « donnez-leur vous-mêmes à manger». Deux réactions différentes, qui reflètent deux logiques opposées : les disciples raisonnent selon le monde, dans lequel chacun doit penser à soi ; ils raisonnent comme s’ils disaient : « Débrouillez-vous seuls ». Jésus raisonne selon la logique de Dieu, qui est celle du partage. Jésus ne détourne pas la tête pour ne pas voir ses frères dans le besoin ! Le partage est un des aspects de la compassion. Si Jésus avait renvoyé les foules, beaucoup de personnes n’auraient pas eu à manger. Au contraire, ces quelques pains et poissons, partagés et bénis par Dieu, suffisent pour tous. Et attention, ce n’est pas de la magie, c’est un signe, un signe qui invite à avoir foi en Dieu, le Père de la providence, qui ne nous fait pas manquer « notre pain quotidien », si nous savons le partager en frères.

Compassion, partage. Et le troisième message : le prodige des pains annonce l’Eucharistie. On le voit dans le geste de Jésus qui « bénit » avant de rompre les pains et de les distribuer aux gens. C’est le même geste que Jésus accomplira lors de la Cène, lorsqu’il instituera le mémorial perpétuel de son sacrifice. Dans l’Eucharistie, Jésus ne donne pas un pain, mais le pain de vie éternelle, il se donne Lui-même, en s’offrant au Père par amour pour nous. Mais nous devons aller à l’Eucharistie avec ces sentiments de Jésus, c’est-à-dire la compassion et la volonté de partager. Qui va à l’Eucharistie sans avoir de compassion pour les personnes dans le besoin et sans partager, n’est pas en accord avec Jésus.

Et puis, j’ajouterais un quatrième message de la Parole de ce dimanche. Il vient de St Paul, dans la deuxième lecture. Paul regarde son parcours. Parcours mouvementé, où il aurait pu renoncer à de multiples reprises, quand on sait ce qu’il a traversé comme épreuves. Mais la belle leçon qu’il nous transmet est de ne pas avoir peur, car Dieu est avec nous. S’il le dit, c’est bien parce qu’il a expérimenté cette extraordinaire libération que produit l’évanouissement de toute peur : « Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés». Cette redoutable énumération fait la liste des dangers qu’il a déjà croisés. Nous pouvons continuer la liste, avec nos propres peurs. La première de toutes étant la peur de mourir, à cause d’un virus, à cause des attentats, et plus loin de nous, la répression menée par les dictateurs qui veulent empêcher une liberté qui menacerait leur pouvoir, en Chine, en Russie, dans tant de pays du monde, à cause des attentats, etc… Mais, comme Paul, dès lors que notre peur disparaît, nulle chaîne ne peut plus nous retenir en esclavage. Que faire contre quelqu’un qui n’a pas peur de la prison, de la torture, de la mort ? Apparemment le mal semble gagner, trop souvent, en trop d’endroits. Mais pour ceux qui veulent ne plus avoir peur, ce ne sont que les avant-derniers combats impuissants à changer l’issue finale : Christ victorieux de la mort, nous associant à sa victoire.

L’eucharistie élève notre regard au-delà des événements tragiques de notre monde, plus loin que nos peurs, pour nous faire entrer déjà dans la victoire du Ressuscité, qui a donné sa vie pour nous. Compatir, partager avec tous nos frères, c’est le chemin que nous indique Jésus dans cet Évangile. Pour ne jamais désespérer de nous-mêmes, des autres… et de Dieu qui nous semble parfois trop silencieux. (P. Maurice Autané)

 
 
17e dimanche du temps ordinaire : le Royaume des cieux

Dimanche dernier, la liturgie nous a proposé trois paraboles sur le Royaume des cieux : celles la semence du blé-ivraie, de la graine de moutarde et du levain enfoui dans la pâte. Elles mettent en lumière Dieu qui prend l’initiative de faire advenir son Royaume dans notre réalité humaine. Elles soulignent sa patience en attendant le temps de la moisson. Il y a une réponse à donner à l’initiative de Dieu, un investissement personnel de notre part. Les deux premières paraboles de ce dimanche mettent l’accent sur notre engagement pour le Royaume des cieux, et la troisième rejoint la parabole de l’ivraie : à la fin, Dieu fera un tri entre les bons poissons et les poissons pourris, comme il séparera le blé de l’ivraie.

Dieu prend l’initiative de faire advenir son Royaume dans notre monde, mais il ne l’impose pas. Le Royaume est là, disponible, à notre portée. Mais puisqu’il se manifeste dans la petitesse de la graine de moutarde et de la perle, dans l’enfouissement la levure dans la pâte, comme il en va du trésor enfoui dans le champ, le Royaume des cieux reste une réalité à chercher. Chercher le Royaume et le trouver ne suffit cependant pas. L’ayant trouvé, un choix radical s’impose à nous : tout vendre pour l’acquérir. Il s’agit de se dessaisir de ce qui avait jusqu’ici du prix à nos yeux pour tout miser sur ce plus grand bien qu’est le Royaume des cieux. Autrement dit, pour celui qui trouvé le Royaume des cieux, tout le reste devient dérisoire, la seule chose qui compte c’est le Royaume. Alors que la sagesse populaire conseille de ne pas mettre tous les œufs dans le même panier, pour le Royaume des cieux, il faut tout miser, il n’y a pas de demi-mesure.

Cette radicalité a tout l’air d’une imprudence, pourtant elle est à la mesure de ce grand bien, car accepter d’entrer dans le Royaume de Dieu, c’est soumettre sa vie à Dieu et à son fils Jésus. C’est laisser Dieu prendre le contrôle de nos vies, et cela demande une conversion radicale. « Le Royaume de Dieu est tout proche, convertissez-vous », telle était la prédication de Jésus dès le début de son ministère public.

Simon Pierre et ses compagnons ont fait ce choix radical : laissant tout (leurs barques, l’entreprise familiale de pêche, et même leur père) ils le suivirent. Quand un grand nombre de disciples abandonnera Jésus, celui-ci posera cette question aux douze : Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller ?  Et à Simon Pierre de lui répondre : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».

On trouve chez saint Paul une démarche similaire. Il est l’exemple de celui qui a tout investi pour être en Christ. En Ph 3,2-9 : il nous donne une liste de ce qui avait de la valeur à ses yeux, à savoir, l’identité ethnique, ses origines familiales, la circoncision, la loi juive, mais dès sa rencontre avec le Christ, il déclare : » Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, à cause de Christ.  Et même je regarde toutes choses comme une perte, à cause de l’excellence de la connaissance de Jésus-christ mon Seigneur, pour lequel j’ai renoncé à tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ. »

Aujourd’hui encore beaucoup de nos contemporains continuent de faire l’heureuse expérience de la découverte du Royaume et de s’y engager à fond. Il s’agit d’hommes et de femmes en quête de sens dans leur vie, des hommes et des femmes qui se rendent compte que le succès d’une vie n’est pas à l’aune d’une belle carrière, d’un patrimoine immobilier solide ou de l’avoir en banque, mais bien au contraire, la joie de l’évangile qu’on trouve en Jésus. Ce Jésus qui nous invite à fonder une famille humaine du partage, de justice et de paix, une famille où les forces antagonistes construisent ensemble un monde meilleur. Ces valeurs du Royaume demandent un changement, un regard nouveau sur le monde et sur les autres.

La question qui se pose à chacun de nous en ce dimanche est la suivante : il y a longtemps que j’ai as trouvé le Royaume des cieux, qu’est-ce qui, du monde ancien, me retient encore loin de ce trésor sans pareil ? Seigneur, toi qui m’appelles à ta gloire dans le Royaume des cieux, donne-moi la sagesse assise auprès de toi pour je puisse, comme Salomon, discerner ce qui est bon, ce qui a du prix à tes yeux et faire le choix qui mène à la vie éternelle. (Remi Fatcheoun, sma)

 
 
16e dimanche du temps ordinaire : deux paraboles d’aujourd’hui

Chers amis, ces paraboles de Jésus me donnent envie d’en inventer deux autres, adaptées à notre contexte. Je les appelle : la parabole du coronavirus, et la parabole du climatologue.

1) Ecoutez-donc la parabole du coronavirus.

« Le royaume des cieux est comparable, à un bon chrétien en vacances l’été dernier à Noirmoutier. Il avait réfléchi à l’année qui l’attendait, quand il rentrerait à Nantes ou à Paris. Il avait prévu des actions professionnelles, il avait réfléchi à des initiatives associatives et politiques, il avait imaginé d’avance la vie de sa famille. Et il avait offert tout cela au Seigneur, en se réjouissant d’avance de la moisson à venir.

Mais en décembre, les médias ont commencé à parler d’une épidémie étrange, dans un pays lointain. Mais en février, l’Italie était devenue semblable à la Chine. Mais en mars, la France était confinée. Notre bon chrétien s’est mis à prier : « Seigneur, nous étions d’accord, j’allais faire pousser du blé dans ton champ ! Mais un ennemi chinois est venu semer de l’ivraie ! Vite, donne des ordres pour l’enlever, que je puisse faire tout ce que je t’avais promis ! »

Mais Dieu lui répondit : non, je vais laisser pousser l’ivraie pour l’instant ; je suis sûr que tu vas découvrir, en toi et autour de toi, des ressources pour bâtir autrement mon Royaume.

2) Mais Jésus parle aussi de la fin des temps. Alors écoutez la parabole du climatologue.

« Le royaume des cieux est comparable à un climatologue qui parcourt le monde, un gong à la main et qui proclame : c’est la fin du monde ! convertissez-vous ! votre développement économique merveilleux s’est fait au prix d’un pacte diabolique avec le dioxyde de carbone ! c’est le feu qui vient ! vos enfants vont tous vivre dans la fournaise ! c’est la fin du monde !

Mais tous ceux qui l’écoutent lui répondent : mais non, nous ne voulons pas changer ! Nous avons besoin de consommer sans cesse des produits fabriqués en Chine ; nous avons besoin de prendre l’avion pour rendre visite à nos enfants expatriés même s’ils consomment plein de kérozène ; nous avons besoin de notre grosse voiture pour venir très vite en week-end à Noirmoutier alors que nous habitons Paris ! Tu es un faux prophète.

Alors le climatologue s’en va, et prie Dieu : « Seigneur, ils ne veulent pas m’écouter ! Si seulement tu pouvais leur envoyer un signe ! »

Et quelques temps plus tard, un virus arrive, les magasins ferment, les avions sont cloués au sol, et les voitures restent au garage. Le climatologue se dit : tiens, m’aurait-on écouté ?

Chers amis, ce n’est pas notre Dieu qui a planté l’ivraie, comme ce n’est pas notre Dieu qui réchauffe la planète. Pour vivre en chrétiens, ne rêvons pas que le Seigneur nous dispense de nos responsabilités. Nous avons appris, cette année, à convertir nos modes de vie, pour éviter que l’épidémie ne se répande davantage ; maintenant que l’été est venu, que nous avons du temps pour réfléchir à tout cela dans nos cœurs, tirons-en des leçons pour nous convertir vraiment, et prendre soin de notre maison commune. (Erwan Chauty, sj)

 
15e dimanche du temps ordinaire : images agricoles

Au moment où beaucoup d’entre nous prennent leurs vacances, se retirent dans la montagne, atteignent la campagne, posent leurs valises sur les plages, quittent le tumulte des centres urbains pour rejoindre la périphérie, le monde rural, à proximité de la nature et du monde paysan, la création elle-même se fait porte-parole de Dieu, en ce quinzième dimanche du temps ordinaire. Au fond, ce ne sont pas des prophètes qui nous parlent dans les lectures de ce jour : c’est la nature elle-même qui est le medium de la voix de Dieu.

Tous les textes que nous venons d’écouter sont traversés par des images empruntées au monde agricole : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger » ; « Les herbages se parent de troupeaux et les plaines se couvrent de blé. Tout exulte et chante » ; « Voici que le semeur sortit pour semer » ; « la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore ».

Ces imagent nous parlent, et elles nous parlent à plus d’un titre : elles nous rejoignent dans notre aspiration de tranquillité et à l’intériorité. Le monde de la ruralité et de la campagne, c’est le monde où l’on prend son temps, où le rythme de la vie est façonné par les saisons, monde où l’apprend la patience en attendant que la semence germe, le temps de la croissance, le temps de la moisson. Le monde de la campagne, c’est aussi le monde où l’on prend du temps pour contempler la nature qui pousse, à entendre les oiseaux qui chantent, à apprécier le chante du coq et à se laisser déranger par celui-ci lorsque cela nous est étranger, sans leur intenter un procès comme ce fut le cas pour le très médiatique coq Maurice de l’île d’Oléron. Beaucoup d’entre nous sommes venus à la rencontre de ce monde pour goûter sa tranquillité, pour refaire nos forces, pour être à l’écoute de notre être intérieur en quête de paix et de beauté. Au cours de notre séjour ici saurons participer à la préservation de la beauté de la nature qui nous refait. Qu’allons-nous laisser derrière nous ? Une bonne impression ? Des plastiques, dans la nature ? Des masques sur les plages ? Cette nature, comme nous le rappelle saint Paul, gémit dans la douleur de l’enfantement. À cause du péché d’Adam, la création est bafouée dans son intégrité. Nous qui sommes déjà marqué par la grâce du renouveau en Christ, comment participerons-nous à l’enfantement d’une terre nouvelle et d’un ciel nouveau ? Comment donnons-nous des réponses concrètes à l’encyclique Laudato Si’ ?  

Les images puisées dans le quotidien du monde rural nous parlent aussi de ceux qu’on ne voit pas souvent mais qui rendent possible nos vies dans les villes. Pendant notre séjour ici saurons-nous être à l’écoute des préoccupations de ces hommes et ses femmes pour avancer ensemble vers un modèle agricole respectueuse de l’environnement et de notre santé. Saurons-nous être l’écoute pour relayer le gémissement de ce monde et impacter les décisions à venir ? Notre rencontre avec le monde agricole d’ici élargira-t-il notre attention aux problèmes des agriculteurs d’autres continents, où les criquets et la famine menacent ? Saurons-nous être aussi des influenceurs pour un commerce plus équitable ?

Les images empruntées au monde agricole nous parlent de Dieu, qui sème sa parole, quand bien même le cours normal des choses indique que certains cas sont désespérants : de la terre pierreuse ou épineuse, on ne tire rien de bon. Mais la logique de Dieu est toute autre. Il sème à tout vent car il sait qu’en chacun de nous, il y a une part de bonne terre. Si dans le quotidien de nos vies, les soucis du monde nous éloignent de Dieu, si les difficultés de la vie rendent nos cœurs durs comme pierre, maintenant que nous sommes venus au calme, saurons-nous retirer la pierre, arracher les épines et ouvrir nos cœurs pour laisser la Parole de Dieu féconder nos vies ? Donnerons-nous un peu de temps à Dieu pendant que nous prenons du temps pour nous-mêmes ? (Rémi Fatcheoun, sma)

 

14ème dimanche du temps ordinaire : l’âne et le fardeau

Le prophète Zacharie rêve : un roi pauvre ? un roi sur un âne ? C’est comme « une fourmi de dix-huit mètres / Avec un chapeau sur la tête / Ça n’existe pas, ça n’existe pas »… À l’époque du prophète, le conquérant Alexandre le Grand avait un cheval magnifique : Bucéphale. Un beau cheval, c’est comme les voitures aujourd’hui : ça vous pose quelqu’un ! Mais un âne, c’est comme une trottinette à côté d’une Rolls-Royce…

Un cheval, c’est du côté des puissants ou qui se croient tels, du côté « des sages et des savants » dont les études conduisent à exercer un pouvoir. Un âne, c’est du côté des « tout-petits », de ceux à qui on fait courber l’échine ou sentir qu’ils ne sont pas grand’chose…

Il y a une connivence entre Jésus et les ânes. Il y a l’âne de nos crèches et celui de l’entrée à Jérusalem. Les chevaux, il les laisse aux gens de pouvoir. Lui, il dit : « venez à moi, vous tous qui ployez sous le poids du fardeau…, je suis un âne qui peut porter ce que vous ne pouvez pas porter ».

Quel fardeau mettre sur l’âne Jésus ? Le poids de la vie, des difficultés, des souffrances petites ou grands, passagères ou de longue durée… Oui, très certainement. Mais aussi le fardeau qui rend difficile la vie parce qu’il responsabilise et parfois culpabilise : le fardeau de la religion. Attention ! Je dis la religion, pas la foi. La foi est une relation avec Dieu, faite d’amour, de confiance et d’espérance. Non, je dis bien la « religion », le système solide de liens et de nœuds, tressé avec le fil d’or de la Parole de Dieu, qui nous relie les uns aux autres. Jésus la pratique sous le nom de « Loi de Moïse » et elle règle la vie du peuple.

Prenons les Dix commandements. En soi, ils sont bons avec pour objectif la fraternité, la vie en famille et en société. Ils nous sont donnés pour humaniser, nous faire devenir humain. C’est en ce sens que l’on dit que  « La Loi est faite pour l’homme »…

Jésus, dans son action, observe la Loi, respecte la religion : impôt rendu à César, prière à la synagogue tous les sabbats. Il a le souci de l’étude, du culte et des personnes aux périphéries. Il « aime Dieu et son prochain ». Proches de lui, nous avons le souci du culte du dimanche, le souci des autres, le respect du droit et de la justice. Et parfois, ça coûte. J’en connais qui traînent les pieds pour venir à la messe…

En même temps, Jésus semble franchir la Loi : le jour du sabbat, il se livre à des actes médicaux et sur semaine il accueille des personnes non convenables, en particulier les pécheurs – justement ceux et celles qui commettent des écarts vis-à-vis de la Loi… Il va de la surface à la profondeur, de la chair (visible) à l’esprit (invisible).

L’esprit de la Loi est un esprit de « tout-petit ». Un « tout-petit » qui attend tout sans trop espérer et qui n’est corrompu par aucune soif ni exercice de pouvoir…

L’esprit de la Loi est le Christ, lui le « tout-petit », le Sauveur crucifié, doux et humble de cœur. Un roi pauvre sur un âne, ça existe, ça existe…

Encore et toujours, il nous faut revenir à lui pour qu’il allège, lui et lui seul, notre religion.

Venir déposer sur lui le fardeau de la vie et de l’obéissance religieuse, c’est découvrir en lui quelqu’un qui nous aime comme personne. C’est, du même mouvement, se donner la possibilité de redécouvrir en nous l’esprit des « tout-petits ». Nous pouvons être, aux yeux de chair, des sages, des savants, des gens responsables, des gens ambitieux. Nous sommes aussi, dans l’Esprit, des enfants du même Dieu, Père de tous. Nous sommes des tout-petits, même si nous l’oublions…

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13ème dimanche du temps ordinaire : Accueillir

À l’hospitalité offerte à Élisée par la femme du village de Sunam correspond un enseignement de Jésus sur l’accueil… Jésus frappe fort : « accueillir » serait le préférer à ses parents ou à ses enfants.

L’amour des parents est fait de soins et de don de soi, de joies et de larmes : grandes choses ! Par ailleurs, nous le savons, Jésus prend le visage des petits, en particulier ceux et celles qui sont dans le besoin. Tout ce que les parents font de grand et tout ce que les enfants donnent en remerciement devrait donc se reporter sur les premiers venus – puisque Jésus prend leur visage.

La femme du village de Sunam a déployé un amour maternel pour le prophète Élisée. Et celui-ci l’a remercié.

Dans l’amour dont les parents font preuve, il y a quelque chose de crucifiant. Tout ne va pas de soi. Il y en a aussi dans l’action de grâce des enfants. L’accueil est une croix : quelque chose doit mourir en nous pour que çà produise de la vie chez les autres…

Ce qui doit mourir serait une certaine façon de regarder l’autre.

En dehors des relations familiales, on peut regarder les autres comme des inconnus, comme des étrangers, comme des malades, comme des gens admirables ou des pauvres gens. On peut les louer, les plaindre, les jalouser, les ignorer.

La femme du village de Sunam a vu en Élisée un « prophète » et un « homme juste ». À son exemple, Jésus nous demande aujourd’hui de regarder les autres de trois façons : comme « prophète », comme « personne juste » et enfin comme « disciple ».

Tout disciple a un maître. Dans l’antiquité, le disciple appelait son maître « père ». Il recevait de lui, tel un enfant qui apprend à vivre. Est-ce que nous voyons dans les autres des personnes en devenir à qui nous pourrions apprendre et de qui nous pourrions apprendre ?

Un prophète porte la Parole de Dieu. La femme de Sunam a bien vu cela en Élisée et, par son accueil, elle a permis à la Parole de Dieu de produire en elle la vie qu’elle n’espérait plus.

Une personne juste est guidée par la justice. Les inégalités, les détresses, les besoins la touchent. Elle agit. Le prophète Élisée s’est montré juste en répondant au désir caché de la femme de Sunam. (Une personne juste n’est pas forcément un disciple, d’ailleurs. Un disciple ou un prophète est d’emblée un croyant, mais une personne juste pas toujours).

Pour nous, accueillir l’autre comme croyants ou comme non-croyant c’est accueillir le Christ. Toute relation humaine a donc une dimension divine. Accueillir Dieu en un être humain, c’est reconnaître que l’amour divin paternel a pris corps humain et visage humain.

Est-ce qu’un visage fermé ou un dos qui se tourne est en accord avec l’humanité de Dieu en nous ? Non, il la masque. Le Dieu plus intime que nous-même est parfois enfoui sous les couches de maquillages ou bien sous les masques qui nous recouvrent même les yeux… (pas les masques sanitaires, nécessaires par fraternité, mais les masques que nous nous fabriquons pour « paraître »).

Par le baptême, nous avons revêtu le Christ Jésus. Nous sommes habillés de sa lumière. Et si nous sommes ici, si nous recevons la Parole et le Pain, c’est aussi pour que le Christ essuie nos maquillages et enlève les masques fabriqués.

Ici, nous recevons la vie de celui qui a donné sa vie.

Commence alors à apparaître notre beauté de prophète, de juste ou d’enfant-disciple. Nous commençons à être en mesure de reconnaître notre semblable dans les autres.

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12ème dimanche du temps ordinaire : l’audace et la confiance

Jésus confie à ses apôtres une mission. Lucide, il ne cache pas les difficultés : « Ne craignez pas… »

La mission vaut dix mille fois les difficultés. Il s’agit de de dévoiler, de mettre au jour ce qui, jusqu’à présent, est caché, à savoir la vérité sur Dieu. On pourrait penser qu’après 2000 ans, la mission est réalisée… or nous savons bien que nous avons toujours à rappeler qui est Dieu et, par contrecoup, qui nous sommes : d’un mot, je dirais « Dieu est Père, nous sommes ses enfants, des enfants à qui il faut rappeler « aimer-vous les uns les autres comme le Christ nous a aimés » ».

Nos contemporains, nos amis, nous-mêmes, avons forcément des idées sur Dieu, des images de lui. Le dimanche, ici, nous venons, entre autres, rectifier ces idées et ces images. Le Christ fait des mises au point.

La mise au point d’aujourd’hui porte sur la confiance et l’audace.

L’audace est de parler. Il s’agit moins d’évangélisation de rue – encore que ce ne soit pas exclus – que de faire corps avec l’Évangile dans lequel nous avons cru. Les messagers que nous sommes ont à être en accord avec le message que nous portons, au jour le jour. L’Évangile que nous portons nous transforme d’abord nous-mêmes. Et si des gens en veulent au message, normal qu’ils en veuillent au messager : le prophète Jérémie a été persécuté, Jésus a été crucifié…

L’Évangile existait avant nous, il existera après nous. Qu’il agisse en nous ! Alors, il pourra faire son chemin chez d’autres. Nous parlons de paix, soyons pacifiques. Nous parlons de fraternité, soyons fraternel. Nous parlons de pardon, n’ayons pas de rancune. Nous parlons de justice, ne jugeons pas. Nous parlons d’aimer, aimons…

Nous ne sommes pas toujours à la hauteur ? Qu’importe ! Si j’ai de la peine à pardonner, je sais que Dieu, lui, me pardonne. Si je ne suis pas fraternel, Jésus, lui, l’est à ma place. Il suffirait de laisser le souffle de Dieu me traverser. Parfois, il y arrive.

À l’audace, Jésus relie la confiance : « Ne craignez pas… » À la suite de Jérémie, il s’est confié à son Père. Si nous devions craindre quelqu’un, c’est lui, le maître de la vie et de la mort ! Or, il n’est pas un père fouettard ! Il pourrait nous condamner – Jésus le souligne – ; il préfère nous pardonner.

Les critiques du dehors qui nous sont adressées sont parfois justifiées. Pas toujours. Mais enfin, dans notre assemblée de ce matin personne n’est mis à mort. Jésus, lui, est mort bafoué, abandonné, crucifié. Nous sommes les apôtres, les envoyés du Crucifié. « Un chrétien souffre pour la justice quand, en échange de sa fidélité au Christ, il fait l’expérience des humiliations et des outrages, de la dérision dans son propre milieu de vie, incompris parfois même par les personnes qui lui sont les plus chères » (saint Jean-Paul II). Et si cela nous arrivait, l’attitude de Jérémie ou de Jésus, c’est « Père, pardonne-leur… », ce n’est pas « Père, casse-leur la gueule… »

Ainsi, nous sommes rappelés à l’audace et à la confiance. Envers et contre tout. « Père, pardonne-leur… » Nous savons, par expérience, que le pardon, demandé, reçu, donné, procure la joie. Avoir été pardonné et avoir pardonné nous ôtent un poids, nous libère et nous grandit.

En célébrant l’offrande du Christ, nous participons à son audace, nous recevons sa confiance, la paix, la justice, la fraternité… Il nous emmène dans le mouvement du don, du pardon, de la joie.

pas de version audio (incident technique)

 

Dimanche du Corps et du Sang du Christ, 14 juin

 

« Ma chair est la vraie nourriture… »

Dans notre société laïque, le premier jour de la semaine est le lundi. Pour nous, c’est le dimanche. Le premier jour de la semaine, jour de Résurrection, jour de nouvelle création, nous nous retrouvons pour célébrer le « repas du Seigneur ».

Le rythme de notre célébration va du « livre de l’Alliance » au « sang de l’Alliance », des Ecritures à la coupe de bénédiction. Dans les deux cas, Dieu donne et nous recevons.

Dieu se donne et sa chair devient notre pain. Nous le professons : le Fils unique de Dieu, parole qui fait exister les mondes, est devenu « chair » : « Par l’Esprit saint, il a pris chair de la Vierge Marie », chair fragile, chair solidaire.

Aujourd’hui, par l’Esprit saint, le Christ nous donne sa chair, faite d’amour, de foi et d’espérance. Elle est notre « pain ». Et par cette chair devenue pain, notre chair s’ouvre à la vie éternelle.

Notre chair rend grâce à Dieu le Père. Elle redevient fraternelle. Envers tous les humains, croyants ou non, à commencer par ceux et celles que Dieu met sur notre route. Elle prend place de nouveau dans le chantier de notre maison commune.

Chaque premier jour de la semaine, chaque dimanche, les textes de l’Écriture éclairent un aspect du Christ incarné devenu pain unique. Grâce à l’Esprit Saint, nous mangeons la parole et nous mangeons le pain. La parole va vers le pain. Le pain accomplit la parole. Pas l’un sans l’autre. Nous communions à l’amour, à la foi et à l’espérance de Jésus-Christ.

La communion au pain unique nous unifie. Elle fait de nous un seul corps, le corps du Christ, avec et par nos différences, voire nos oppositions. Nous sommes divers. Chacun a ses espoirs, chacun ses joies, chacun a ses handicaps et ses blessures. Tout est ici repris et redonné. Pour employer une image : en entrant, nous avons apporté les grains d’orge ou de blé de nos vies, ils ont été triés par l’écoute des Écritures, ils vont se fondre au même pain et nous repartirons avec, au cœur, un peu plus de force, chacun, pour vivre, pour participer au monde « d’après » qui, je l’espère, sera meilleur que le monde d’avant.

En attendant, provisoirement, notre rassemblement de ce matin aura été prophétique. Il est, en ce monde, signe que les origines sociales, les barrières idéologiques, les particularités spirituelles peuvent s’effacer devant le seul et unique Christ qui a donné sa vie pour la vie du monde.

La vie et la mort de Jésus-Christ sont un cri, un cri vers le Dieu vivant. Et, dans ce cri, il prend nos cris, nos murmures, nos doutes, nos joies, nos espoirs. Il communie avec nous, il nous fait communier avec lui.

La prière eucharistique le dit, juste après le mémorial du dernier repas : « Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit-Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ. » (Prière eucharistique 3).

Devenons ce que nous sommes. Acceptons de recevoir le pain de ce jour :

« Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route,
le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens… » (Gérard Billon)

Version audio (cliquez ici)