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En mai, un “marathon” de prières à Marie

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6e dimanche de Pâques : aimer comme Dieu

« Aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu ».

« Aimons-nous les uns les autres… » À cela, on résume le christianisme. Et non sans raison. Cependant, la première lettre de Jean ne parle pas d’abord de la bonne entente entre personnes, de l’amitié, de la passion amoureuse, du soin que les parents prennent de leurs enfants ou de la gratitude des enfants. Elle parle de ce qui est présent en tout cela et qui en est la source, consciente ou non : l’oubli de soi pour le bien de l’autre, pour le bonheur de l’autre… Oubli de soi qui, d’ailleurs, par un juste retour, nous fait tenir, grandir…

« …puisque l’amour vient de Dieu ». Le premier de tous, Dieu, créateur de l’univers, nous donne ce qui peut nous faire grandir et nous rendre heureux. Nous sommes tous ses enfants, que nous ayons 7 ou 77 ans. Il y a l’univers, la nature, le soleil et la pluie, il y a sa Parole, il y a son Fils.

Sa générosité est sans limite. Et son Fils Jésus a tout donné de lui-même. Pour nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés, il nous a laissé… lui-même. C’est cristallisé chaque dimanche dans quelques mots et dans un peu de pain offert.

Quelques mots et un peu de pain pour aimer. Pour aimer comme Dieu, avec lui, par lui, en lui.

Les mots sont offerts. Souvent à perte : ils entrent par une oreille et nous les faisons sortir par l’autre. Parfois, nous les retenons. Dans le silence de nos cœurs, ils se déposent lentement et une phrase, une formule, une image prend racine, promesse de changement et de lumière dans nos vies.

Le pain est offert. Nous offrons le « fruit de la terre » et le « fruit de la vigne » tous deux « fruits du travail des hommes ». Dieu nous les redonne, transformés de façon invisible par son travail à lui. Travail aimant. Quand nous recevons ensuite le pain, dans l’acte de communion, c’est son histoire d’amour à laquelle il nous fait participer.

« L’amour vient de Dieu » : cette conviction anime le choix des textes entendus dans la liturgie. Chaque dimanche, c’est un petit aspect de cet immense amour qui est souligné, partagé. Aujourd’hui, il y a l’oubli de soi de Jésus, son désir d’intimité, la liberté joyeuse qu’il veut nous faire partager ; il y a l’humilité de Pierre « je ne suis qu’un homme » dit-il à Corneille qui, un peu perdu, a la tentation de le sacraliser…

« L’amour vient de Dieu » : déjà transformés (un peu) par la Parole reçue, nous rendons grâce pour ce que nous ne pouvons saisir d’un coup : l’immensité de l’amour de Jésus qui s’est donné jusqu’au sang. Nous ne pouvons pas le saisir, alors il s’approche de nous, il se donne à nous. Acte de communion. Nous entrons dans l’oubli de lui-même manifesté sur la croix. Et aujourd’hui, nous recevons l’humilité de Pierre.

Pierre a été rendu fraternel envers Corneille, un homme dont tout le sépare et à qui il n’aurait pas dit bonjour s’il l’avait croisé dans la rue. Pierre a été rendu ouvert à la profondeur invisible de Dieu qui est « impartial ».

Pierre s’est oublié pour laisser passer l’Esprit du Dieu vivant. Pierre a pris la route ouverte par le Christ. Suivons-le. (Gérard Billon)

 

 

 
 
5e dimanche de Pâques : pour des sarments fraternels

Dieu notre Père est un vigneron, travailleur, attentif. Jésus est la vigne. Nous sommes les sarments. Nous portons du fruit (ou nous n’en portons pas). À quoi çà tient ?

La Première lettre de saint Jean donne une réponse. Cela tient à garder, observer, reprendre, approfondir « le commandement de Dieu : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres ».

 La lettre de Jean y revient plusieurs fois. Si l’auteur se répète ainsi, c’est que, dans la communauté dont il a la charge, les gens n’arrivaient pas à s’aimer… Et ils n’arrivaient pas à s’aimer parce que leur foi en Jésus était faible. En effet, dans la communauté dont il a la charge, des chrétiens ont, dit-il ailleurs, « l’esprit égaré ». Abandonnant le Christ annoncé par les apôtres, ils se sont fabriqué leur propre Christ, un Christ tellement divin qu’il n’est plus humain ! Que le Fils de Dieu ait vécu une vie semblable à la nôtre, ça les dépasse. Pour eux, sur la croix, en fait Jésus n’a pas vraiment connu la mort. Cela a une conséquence dramatique : en oubliant l’humanité du Christ, ils en oublient notre « humanité », notre poids de chair et d’esprit. Ils dédaignent la vie concrète, sociale. Ils laissent de côté les plus pauvres. La fraternité est reléguée au second plan. Ils deviennent secs.

La lettre veut les ramener à une foi droite, plus forte, en reliant la vérité sur Jésus et la fraternité. Noter humanité, comme celle du Fils de Dieu, se vérifie dans le souci des plus faibles, dans l’intérêt pour le bien commun. Ainsi, en ce début mai, la fraternité qui est la nôtre ne doit pas se relâcher alors que les consignes sanitaires s’assouplissent. La pandémie s’éloigne peut-être chez nous mais pas ailleurs, pas en Inde, par exemple. Le repli sur soi, individuel, social, politique serait contraire à la fraternité. Il nous assèche. Et Jésus nous dit quoi faire des sarments secs…

Or, pour garder et développer la sève chrétienne, humaine, fraternelle, il ne suffit pas de servir des autres, de les « aimer » – ce qui est déjà beaucoup. Nos actions ont besoin d’être mises sous le regard de Dieu. Notre générosité vient de nous (un peu) mais surtout de Dieu. Nous portons d’autant plus de fruit que nous sommes émondés par le vigneron.Où nous émonde-t-il ?  Là, Dieu notre Père nous émonde, nous taille, nous dépouille. Il ramène à l’essentiel.

Dans une prière vraie, Dieu nous donne son regard sur le monde. Nous acceptons qu’il taille le superflu, tant dans l’action que dans la foi. Jésus a partagé notre humanité pour que nous partagions sa divinité. Un exemple de prière en ce mois de mai, observé par plusieurs d’entre nous : la prière du chapelet. Le chapelet, c’est contempler avec Marie la grande histoire d’amitié entre Dieu et sa création, histoire douloureuse, joyeuse, glorieuse, lumineuse. Notre foi est émondée. Mais aussi notre fraternité. En ce mois de mai 2021, le pape François invite d’ailleurs à un « marathon » de chapelet pour la fin de la pandémie.

Quoiqu’il en soit du chapelet, notre manière de nous conduire dans les semaines et les mois qui viennent avec la perspective de la fin de la pandémie va vérifier et notre foi et notre fraternité. Nous sommes des sarments dont la sève provient de Jésus, vigne divine, vigne humaine. Ne nous laissons pas assécher par l’abandon de la solidarité, par le manque de fraternité. (Gérard Billon)

 
 
4e dimanche de Pâques : le bon pasteur, le vrai berger

L’image pastorale ne fait pas vraiment partie de notre culture, surtout sur notre île de Noirmoutier. Néanmoins, nous la comprenons. L’image du berger qui guide, protège, nourrit et soigne les animaux d’un troupeau est la plus fréquente de la Bible pour « dire » le Seigneur Dieu. Et Jésus l’assume au plus haut point. Il ajoute cependant deux nuances importantes : l’intimité entre le berger et les brebis et par ailleurs le don de soi jusqu’au sang.

L’enseignement de Jésus nous guide, nous donne des points de repère. L’Évangile nous nourrit et nous soigne. D’abord proclamé dans les lectures puis concentré dans le pain eucharistique. Si nous nous en nourrissons, alors il éloigne le mal, il nous protège des loups qui en veulent à notre vie, à notre foi, à notre identité de frères et de sœurs…

« Descendu du ciel », le Dieu berger est devenu l’un de nous. Là se joue son intimité avec nous. On peut dire qu’il est devenu une brebis parmi les autres. Partageant notre humanité, il nous connaît, il connaît le prix de nos faiblesses. Il a souffert du poids de la désespérance qui, parfois, nous atteint devant les fractures de notre monde. Humain parmi les humains, il est venu chercher ceux et celles qui se perdent. Mais il n’est pas une brebis tout-à-fait comme nous : d’abord, il reste berger, ensuite, il aime être appelé « agneau », agneau qui caracole à la tête du troupeau. Les images se bousculent. Saisir la grandeur et la force de l’amitié du Dieu de l’univers est d’une telle ampleur !

Il partage notre humanité mais c’est comme Fils de Dieu qu’il est venu chercher ceux et celles qui se perdent, guérir ceux et celles qui sont malades du corps et de l’âme, sauver ceux et celles qui sont pécheurs.

Il est venu, il vient. Il nous fait revenir vers son Père. Et nous découvrons que notre Père qui es aux cieux est aussi tout près de nous, en nous… Jésus, le vrai berger, partage notre intimité et nous fait partager son intimité avec son Père.

Il fait plus : il se donne. Le Dieu berger d’Israël, voyageait au milieu de son peuple dans le désert, dans un espace sacré. Pour nous, le seul espace sacré est la croix, signe du don total. Christ s’est battu contre le mal et la maladie. Il a affronté les handicaps de la vue, de l’ouïe, de la parole, des mains et des pieds. Il a affronté aussi – et pas toujours avec succès – les scléroses de l’âme cachées sous des aspects de la piété et de la pratique religieuse.

Il s’est donné sur la croix, il se donne dans le pain. Il donne son Esprit : « Viens, Esprit de sainteté… » Il se donne encore et toujours dans la prière qu’il fait monter à chaque instant vers son Père, dans l’offrande de lui-même comme être humain. Retourné vers le Père, il garde avec lui les traces des blessures que nous lui avons infligées et que nous nous infligeons.

Il se donne totalement à nous, pour nous, à son Père, pour la vie. Il dépose sa vie, il se dépouille. Sa nudité sur la croix est celle de l’humiliation qu’on lui inflige. Oui. Elle est aussi celle d’un corps régénéré, sorti neuf du tombeau. Nudité d’une nouvelle naissance. Dans laquelle il nous entraîne. Il a le pouvoir de nous donner sa vie, notre vie transformée, ressuscitée, filiale, fraternelle. (Gérard Billon)

 
3e dimanche de Pâques : absent et présent

Le récit de Luc insiste. Le Seigneur ressuscité est à la fois différent et le même que Jésus de Nazareth.

Différent : Jésus n’est plus visible en permanence chez les siens. Il est tantôt absent, tantôt présent. À la frontière du visible. Ses déplacements ne sont pas limités, comme chez nous, par des barrières physiques. Il vit dans une condition nouvelle. Cela, Luc, le décrit à merveille.

Le même : il est bien celui qui a marché à la tête de ses apôtres de la Galilée à Jérusalem et qui a souffert sur la croix : son corps ressuscité porte encore les stigmates de la Passion. Il n’est pas non plus un pur esprit. Il mange du poisson cuisiné simplement, grillé.

Il apparaît, il mange, il enseigne et, à la fin, il envoie. Les apôtres – le mot signifie « envoyés » – sont appelés à être les témoins de ce Jésus le Nazaréen qui a été crucifié et qui est ressuscité. Qui est vivant. À la fois absent et présent et dont l’enseignement peut nous faire grandir : Dieu aime les humains… quand bien même ceux-ci continueraient de lui tourner le dos. Il aime, il donne, il pardonne…

Les apôtres ont réussi leur envoi et leur témoignage. Si le Seigneur ressuscité nous parle aujourd’hui, c’est parce qu’ils ont parlé, eux les envoyés, et que d’autres, dans leur sillage, ont parlé à leur tour, ont écrit, transmis, traduit, commenté, vécu.

Nous écrivons l’Évangile avec nos paroles et nos actes. Jésus est absent, mais son corps est là. Son corps de Nazaréen est raconté par les Écritures chaque dimanche. Chaque dimanche, son corps ressuscité s’offre à nous sous l’espèce du pain.

Pour comprendre Jésus vivant, il nous faut lire et relire les Écritures. C’est ce que le ressuscité a fait avec les disciples d’Emmaüs. C’est ce qu’il refait avec ses apôtres avant de les envoyer. Les Écritures sont une école de formation permanente. C’est pourquoi il n’y a pas un rassemblement eucharistique qui ne nous fasse parcourir les Écritures avant de nous proposer de manger le pain consacré.

Il n’y a aucun sacrement dans l’Église qui ne commence, humblement, par l’écoute du Dieu vivant dans les Écritures. Là nous comprenons que les événements qui concernent Jésus le Christ mort et ressuscité s’inscrivent dans le vaste projet de Dieu : « il fallait que… ». À nos intelligences de saisir un peu de « tout ce qu’avaient annoncé les prophètes », de saisir un peu la vérité du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob ». Dieu de Jésus Christ.

Alors – et alors seulement – nous mangeons le pain, corps ressuscité.

Tout à l’heure, après la messe, nous nous rassemblerons autour du repas. Sur la table, il y aura du poisson grillé ou autre chose. Ce repas familial, amical, sera baigné de la lumière de Pâques, de la lumière de l’unique repas (qui en est à peine un), concentré d’amour de Dieu pour nous.

Christ ressuscité est là, dans notre assemblée : le ciel peut être clair et frais. Je sais qu’une joie autrement lumineuse nous réchauffe le cœur. Et que çà change nos vies. Que « l’amour de Dieu peut atteindre en nous sa perfection ».

En nous, corps du Christ ressuscité pour le monde. (Gérard Billon)