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2e dimanche du temps ordinaire : la joie

Il y a plus de vingt ans, j’ai accompagné dans leur réflexion sur le mariage un couple dont lui était vigneron. C’était en Anjou. Je me souviens d’un propos : « Je suis chrétien parce que je ne connais aucune autre religion dont le premier acte public du fondateur ait été de multiplier généreusement la joie par un vin de qualité ». La joie serait-elle un marqueur chrétien ?

 Nous ne souhaitons à personne la situation des mariés de Cana : plus de vin pour la fête ! À qui la faute ? On l’ignore (et quand bien même ?). Une femme va réagir. Avec douceur et fermeté. Elle n’a pas compétence pour rétablir la situation, mais elle connaît celui qui a la solution. Quand elle dit à son fils : « Ils n’ont plus de vin », sa remarque devient une sorte d’appel au secours, non pas pour elle, mais pour eux les mariés… Elle croit en lui. Jésus résiste. Pour lui forcer la main, elle se tourne alors vers les serveurs : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Elle leur fait passer sa confiance.

Pour que la situation retrouve son équilibre, que la fête continue, que la justice de Dieu éclate, ils ont été plusieurs : Jésus, sa mère et les serveurs. Les compétences de chacun ont été sollicitées. D’abord la mère de Jésus. L’œil attentif, elle a vu ce qui ne vas pas. Elle a « géré », avertissant son fils, mettant en rapport les serveurs avec lui. Ensuite, les serveurs, discrets, efficaces – le seuls dans le secret. Enfin le maître d’hôtel, qui goûte et veille à la qualité du service. Cheville ouvrière : Jésus. L’eau qui purifie et nettoie devient, par lui, un vin extraordinaire. Le quotidien se change en fête. La crainte de l’humiliation s’efface.

Tous les acteurs concourent au même but : le bien, la joie des mariés et des invités. Chacun joue son rôle : la mère de Jésus, les serveurs, le maître d’hôtel, Jésus. Et chacun, l’ayant joué, s’efface (peut-être pas le maître d’hôtel, trop discoureur et qui semble faire la leçon au marié). Dans l’Église, chacun a un rôle à jouer. Saint Paul en a listé plusieurs. Le même Esprit est répandu sur les laïcs et les clercs depuis le baptême. Mais tous n’ont pas le même rôle.

Le pape François, si critiqué, a l’œil attentif. Notre monde manque de joie et d’espérance et notre institution pose problème. Que fait-il ? Il se tourne vers nous, confiant. Sa consultation pour le synode nous demande de faire appel à Jésus, afin que du neuf, du bien, du bon soit créé à partir de ce qui existe. Avec douceur et fermeté, le pape actualise le rôle de la mère de Jésus. Nous, nous endossons celui des serveurs : mis dans le coup, nous nous remuons avec charge de distribuer le vin qui pétille. Telle est notre mission. Il faudra le dire au pape. Nous le faisons avec des compétences diversifiées, ne serait-ce qu’en tant que parents, amis, laïcs engagés dans l’Église ou la société. Je l’assure comme prêtre et d’autres comme diacres ou catéchistes.

Qui endosse le rôle de Jésus ? Jésus. Présent dans notre assemblée. Présent dans la parole lue et méditée. Présent au plus haut point dans le sacrifice eucharistique. Nous lui offrons le pain et le vin de notre quotidien et il nous le rend en boisson exceptionnelle de force et de douceur.

Ne gâchons pas ce vin, cette vie donnée à cœur perdu. Il y va de la justice de Dieu et de la joie du monde. (Gérard Billon)

 
 
Baptême du Seigneur : l’Esprit saint sur Jésus et sur nous

La liturgie d’aujourd’hui ouvre le temps ordinaire. Or, avant Noël, pendant l’Avent, nous avons entendu la prédication de Jean le baptiste. « Le peuple était en attente » rappelle saint Luc. Qu’attendait-il ? Le Messie ? Peut-être. Mais surtout, comme nous, que les choses aillent mieux. Ce qu’on appelle l’espérance.

En les baptisant, Jean entretenait leur espérance : « Tenez bon, changez de vie et la vie changera… » Plongés dans l’eau du Jourdain, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, croyants et mal-croyants acceptaient de mourir symboliquement aux anciennes conduites pour regarder avec confiance l’avenir. Ils s’en remettaient à Jean, car ils étaient conscients que le vrai changement n’est pas seulement le résultat d’un effort de soi-même mais l’accueil d’un don, un cadeau, un cadeau de Dieu, lui le consolateur, le bon berger qui porte chacun de nous comme des agneaux contre son cœur.

Jésus est baptisé à la suite du peuple. En quelque sorte, il prend à son compte l’espérance du peuple, notre attente de jours meilleurs. Puis, à l’écart, il la porte dans sa prière, il la fait monter à son Père des cieux.  En retour, son Père fait descendre sur lui l’Esprit saint. Alors l’Esprit saint imprègne son corps, sa vie. Jésus est prêt à proclamer le Règne de Dieu. L’Évangile, en chacun de nous, va transformer l’espérance en attitudes et en actes de bonté, de fraternité, de solidarité, de partage, de justice, de joie.

L’Esprit saint est venu sur chacun de nous, mais pas sous la forme pacifique d’une colombe. Dans le signe de l’huile parfumée, il a imprégné nos mains, notre front, à notre baptême, lors de notre confirmation et, pour certains, lors du sacrement des malades. Lors de l’ordination au ministère de prêtre, mes mains ont été imprégnées par l’évêque pour consacrer, bénir et pardonner. Tous, par l’Esprit, nous avons à porter au Père des cieux l’espérance des hommes et à inscrire en notre monde, le Règne de Dieu. Que l’Esprit saint active nos cœurs, nos lèvres, nos mains ! Dans l’Eucharistie, tout à l’heure, en votre nom, j’invoquerai l’Esprit sur les offrandes du pain et du vin d’abord, sur nous tous ensuite : que nous soyons « rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps » ! Que nos corps si divers, animés par l’Esprit saint et imprégnés de solidarité, de justice, de joie deviennent un seul corps dans le corps offert du Christ, le Fils de Dieu ! Nos vies changent. La vie peut changer.

Rien de spectaculaire, juste des choses banalement extraordinaires où sont sollicités notre intelligence, notre fraternité, notre solidarité.

Notre intelligence pour regarder avec bienveillance le monde qui est le nôtre. Qu’il n’aille pas bien est une chose. Le condamner ou jeter la pierre sur ceux et celles qui nous gouvernent en est une autre.

Notre fraternité pour éloigner de nos cœurs la jalousie, la soif de pouvoir, le désir d’avoir toujours raison. Notre fraternité pour faire reculer le mépris et la haine qui s’élèvent en discours qui divisent et excluent.

Notre solidarité avec tous ceux et celles qui sont déboussolés mais qui continuent à espérer. Notre solidarité trempée dans une prière confiante et renouvelée à Dieu notre Père.

Intelligents, fraternels, solidaires, nous ne sommes pas les sauveurs de l’humanité. Nous sommes simplement les assistants du seul Sauveur, le Christ. Nous sommes ses frères et ses sœurs. Avec lui nous portons l’espérance d’un monde à changer. Un monde où nous pouvons apporter la joie. (Gérard Billon)

 
Épiphanie : “mal-croyants” et “bon croyants”

Dans l’évangile de Matthieu, contrairement à nos crèches, il n’y a pas de rois-mages. Il y a des rois. Il y a des mages. Des rois, il y en a trois. Hérode tout d’abord, qualifié de « Grand », qui règne à Jérusalem et qui défend son trône par tous les moyens. Il y a David, le roi-berger dont le souvenir plane encore sur le village de Bethléem, son lieu de naissance. Et il y a Jésus le Christ. Les mages, nous ignorons leur nombre. Astrologues ignorant de la tradition religieuse d’Israël, ils fouillent le ciel, spéculent, arrivent à une conclusion : un nouveau roi va naître. Bien. Ils auraient pu se contenter de calculer et d’informer. Mais ils se bougent, se lèvent, s’en vont loin de leur confort, désireux d’autre chose. Ils sentent là comme un appel. Comme tous ceux et celles qui ne se contentent pas de ce qui est, qui cherchent un sens à leur vie, qui cherchent la lumière, la vraie.

Jérusalem, Bethléem, 10kms d’écart, qu’est-ce que c’est, vu du ciel ? C’est tout l’écart entre deux conceptions du pouvoir et entre deux conceptions de la religion.

Deux conceptions du pouvoir. David de Bethléem est un roi qui a reçu le pouvoir comme on reçoit un travail à faire, un service. Non pas pour sa gloire, mais pour le bien de tous. Hérode de Jérusalem est un roi qui a voulu le pouvoir ; il est passé maître en ruse, coups d’éclat et coups bas. Jésus « de Nazareth » s’est revendiqué de David et non pas d’Hérode.

Deux conceptions de la religion. Les mages sont des « mal-croyants », avec des croyances bancales traversées de fatras astrologique mais avec une vraie recherche. En face d’eux, nous avons les « bon croyants », les chefs des prêtres et les scribes d’Israël ; ils connaissent bien les Écritures et la Tradition : ils savent où doit naître le Christ, le Messie.  Hélas ! Ils savent. Ils ne cherchent plus, ne s’étonnent plus, n’ont plus d’inquiétude au cœur. Ils n’attendent plus. Leur savoir, leur pratique ne sont plus ouvertes à l’imprévu de Dieu. Alors que les autres, les « mal-croyants » cherchent, espèrent, se bougent. Leurs calculs ne sont pas très justes mais ils sont assez humbles pour demander de l’aide.

Paradoxe : l’aide va venir des « bons croyants ». Tant mieux. Mais les scribes, trop encroûtés dans leur tradition religieuse, ne se bougent pas. La Parole de Dieu, ils l’ont figée, elle ne les touche plus, ne les change plus. Les mages, eux, la découvrent pour la première fois, neuve, pleine d’espérance. Ils se laissent donc conduire par elle. Leur étoile, née de nouveau grâce aux  Écritures réoriente  leur quête de vérité. La lumière peut briller de nouveau et ls conduire à la vérité de Dieu dans l’enfant et sa mère. Ils retourneront chez eux changés du tout au tout.

Au cœur des Écritures – nous avons les mêmes que les scribes – il y a plein de pistes qui conduisent au Christ, qui permettent de le découvrir, simple, pauvre et nu, hors des allées du pouvoir, hors des traditions convenues. Que cherchons-nous dimanche après dimanche ? Quelle est notre inquiétude ? Nous cherchons le Christ, orient de notre vie. Bénis sommes-nous ! Car nous nous laissons guider par la Parole de Dieu pour aller au corps eucharistique. Dans chaque célébration, nous n’allons à la table de l’eucharistie qu’en passant par la table de la Parole. Pour adorer le Christ doux, humble, pauvre et nu dans le pain consacré, il faut avoir accepté de laisser Dieu venir à nous et nous changer par sa Parole.

Alors, sortis de cette magnifique église, avec un cœur ouvert à l’imprévu, nous pourrons le reconnaître présent avec sa mère dans toute maison ordinaire. (Gérard Billon)

 

Sainte Famille : de la “sainte famille” au “saint peuple de Dieu”

La fête d’aujourd’hui porte notre regard sur une certaine manière de vivre l’amour de Dieu en famille, laquelle n’est jamais isolée de la société. Et cela, quelles que soient nos situations concrètes, familles unies ou séparées. La « sainte famille » de Nazareth au sein de laquelle Dieu a appris à devenir un homme est le concentré du « saint peuple de Dieu » où nous apprenons à devenir humains. La sainteté qu’elle déploie s’appuie sur quatre attitudes : la confiance, la sagesse, le prix accordé à l’ordinaire des jours et l’humilité.

D’abord la confiance. Dans cette confiance, il y a de l’abandon. Anne, la maman de Samuel, mais aussi Joseph et Marie vont au-delà d’eux-mêmes. Ils confient leur affection à Dieu. Et cela coûte. L’accomplissement de la Promesse éternelle – la bénédiction pour toutes nations – compte plus que leur propre fierté parentale. Anne redonne à Dieu l’enfant qu’elle avait imploré. Joseph et Marie s’inquiètent – angoisse, culpabilité peut-être. Et Jésus, de lui-même, recompose la relation : il se confie à ses parents tout en leur demandant de se confier à son Père, notre Père qui est aux cieux.

La confiance puis la sagesse. Elle naît et se solidifie au fil du temps. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements». Entendre, regarder, s’étonner, souffrir : il lui a fallu du temps pour comprendre le projet auquel, d’emblée, elle avait dit « oui » autrefois. J’y vois une indication pour nous : ne pas se laisser submerger par l’émotion du moment, mais voir loin et large, plus loin que le moment présent.

La sagesse s’appuie sur la confiance. Dieu nous confie les uns aux autres. Il nous confie ce monde et sa création. Nous ne vivons pas pour nous, mais pour lui, Dieu. Et, dans le même mouvement, pour tous ceux et celles avec lesquels il est venu habiter dans notre monde, à commencer par les plus fragiles : les enfants.

La confiance, la sagesse et, enfin, le prix accordé à l’ordinaire des jours. Jésus a eu une enfance et une adolescence très ordinaires. Rien d’héroïque. Et c’est aux gens ordinaires que Jésus s’adressera. Sur la route se lèveront des intellectuels fort savants mais manquant de sagesse : il leur a été difficile – il nous est difficile – de lire et recevoir l’extraordinaire de Dieu dans l’ordinaire des jours !

Confiance, sagesse, ordinaire des jours nous amènent à adopter l’humilité. Nazareth n’a pas de grandeur passée, de patrimoine, de hauts faits glorieux. Nazareth n’est ni Bethléem ni Jérusalem… Dans l’île de Noirmoutier – de glorieuse mémoire – nous essayons de vivre l’humilité de Dieu. En reprenant des mots de François Cheng, écrivain français d’origine étrangère, chinoise, nous essayons de « … demeurer humble et dépouillé, au point de devenir un “rien bienveillant”, ou alors un “vide vivifiant”, […] L’humilité ne signifie nullement je ne sais quel abaissement ou servitude. Reliée à l’humus, aux racines vitales, elle est la force même. »

Chaque dimanche, notre humus s’enrichit, nos forces vitales se refont. Jésus lui, les a appris de son père et de sa mère. Joseph, Marie ont écouté la parole de Dieu – lui endormi, elle éveillé. Ils l’ont accueillie, l’ont laissé transformer leur existence. Elle les a amenés là où jamais ils n’auraient pensé aller. Ils ont fait notre bonheur. La force de l’humilité, le « rien bienveillant » Jésus les a appris de la maison et du village où il est devenu un homme. Nous les apprenons de lui. La sainteté ainsi vécue est passée de cette famille exceptionnellement ordinaire au peuple « saint ». Qu’elle nous transforme « pour la gloire de Dieu et le salut du monde » ! (Gérard Billon)