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Laudato Si, et après ?

La mort et nous, question personnelle et/ou sociale?

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Dix-septième dimanche du temps ordinaire : un peu de pain

Nourrir plus de cent personnes avec 20 pains d’orge, pourquoi pas, mais nourrir 5000 hommes avec 5 pains ???

Aujourd’hui la question n’est plus de nourrir une foule. Devant les besoins de pays entiers et les déséquilibres économiques ce sont des tonnes de nourriture, des millions de litres d’eau, des programmes, des politiques nouvelles, des énergies immenses à mettre en oeuvre. Admirons ceux et celles qui s’attaquent aux problèmes. Philippe qui calcule combien çà peut coûter (7 mois de salaire, dit-il) est leur ancêtre réaliste. Il se heurte et nous heure à la réalité des chiffres. Il y a le possible et l’impossible. Jésus reste silencieux.

Dans l’impossible, André ouvre une brèche, du bout des lèvres : « il y a bien un jeune garçon qui… ». Alors Jésus : «Faites-les asseoir ».

Ce qu’il a fait pour une foule n’a pas guéri l’empire romain de ses famines régulières. Avant et après, les problèmes de la faim dans le monde restent entiers.  Mais ce jour-là, il a vu la fatigue des gens. Face à leur épuisement, il a agi avec générosité en puisant dans la générosité d’un petit garçon. Le « comment » nous intrigue et intriguera toujours. Le résultat, lui, provoque notre admiration : il y en a pour tous et il y a des restes…

Jésus n’est pas parti de rien. Mais d’un presque rien. Il a fallu un jeune garçon prévoyant et généreux (un seul, vraiment, sur 5000 ?). L’évangile de Jean ne nous dit pas comment il a réagi quand on lui a demandé de donner ses cinq pains. Pour Philippe l’organisateur sans doute que « c’était pas grand-chose, alors à quoi bon ? » (Alceste, le copain du petit Nicolas, n’aurait pas donné le moindre pain. Mais Alceste est un glouton).

Jésus se sert de ce « c’est pas grand-chose ». Il remplace le « à quoi bon ? » par « c’est mieux que rien ». Car ce n’est pas rien. Dieu ne fait rien sans nous. Il nous demande un petit geste et il répond par un grand.

Face aux besoins de notre monde, Dieu n’est pas inactif. Quand on est croyant, il nous arrive de penser : « Que fait Dieu ? ». Dieu lui-même se demande peut-être : « Que fait l’être humain ? » Il nous a donné une planète avec des possibilités et des richesses immenses. Il nous a donné une intelligence pour multiplier ces richesses. Il attend de nous un petit quelque chose pour pouvoir en faire quelque chose de grand.

Des organismes comme le CCFD, le Secours Catholique, en dignes héritiers de Philippe, et bien d’autres nous appellent à la solidarité et nous aident à l’organiser. Ouvrons une brèche dans l’impossible avec André et le jeune garçon. Donnons un petit peu. Ce peu Dieu le change en grand.

À chaque eucharistie, nous n’apportons pas rien. Le peu de notre offrande devient un summum d’amour. Ainsi nous rejoignons le Seigneur, un peu, dans son immense projet de sauver tous les êtres humains. En se donnant lui-même en nourriture sous l’espèce de pas grand’chose, il n’a pas d’autre désir que d’apaiser les faims humaines, celles du cœur et du corps.

Il se donne à nous. Comment le recevoir ? Comment ne pas donner à d’autres ? Juste un peu… (Gérard Billon)

 
 
Seizième dimanche du temps ordinaire : “Vous qui avez de l’inquiétude, qui êtes fatigués, venez à l’écart…”

Petit détail étonnant : alors que Jésus et les apôtres prennent une barque pour s’isoler un peu, les gens se précipitent et se trouvent à l’endroit en question avant eux. Quel raccourci ont-ils pris ? Ils ont dû bien marcher ! Poussés par quoi ?… par quel besoin, quelle inquiétude ? À leurs questions, leur recherche, Jésus peut-il répondre ? Ainsi, peut-il répondre à l’inquiétude sur le climat et ses dérèglements, dont nos amis allemands ou belges ont été victimes ?

L’évangéliste Marc écrit que les foules sont comme des brebis sans berger, sans guide. Autrement dit, elles sont inquiètes, ne savent plus « à quel saint se vouer ». Comme beaucoup, elles attendent, elles espèrent. Quoi ? Quelque chose qu’elles n’ont pas trouvé – pas encore – mais dont elles devinent qu’avec Jésus, elles vont peut-être enfin l’avoir.

Nous cherchons, encore et mieux, le beau, le vrai, la plénitude… Parfois un sentiment d’infini nous étreint : il suffit d’un rien, une lumière du jour différente, un souffle frais, l’ombre d’un visage, surtout s’il est aimé, ou encore la mer si calme certains matins pour une prière chantée sur la plage. Note cœur est inquiet : le beau, le vrai, la plénitude, la grandeur, l’éternité, l’amour vrai…

Aujourd’hui, après 2000 ans d’envoi en mission et de prédication, qui vient encore près du Christ pour être rassuré, enseigné par lui ? Au moins nous qui sommes ici ! À notre tour, il nous arrive alors de répondre en vérité aux inquiétudes de notre temps.

Un seul petit exemple : l’éternité. Qu’est-ce selon le poète ? « Elle est retrouvée ? Quoi ? l’éternité. C’est la mer allée avec le soleil ». Or, nous avons la chance, ici, d’avoir et la mer et le soleil. Quotidiennement, la plénitude, la joie des vacances, la chaleur des relations. Et le souffle frais de Dieu qui passe sur les vagues et soulève le sable de la plage… Vite, il faut donc en profiter, s’en réjouir, remercier le Seigneur pour tant de grâce. Mais il nous faut aussi agir pour que la mer et le soleil gardent leur beauté : ils sont menacés. D’où tous les efforts associatifs, politiques, économiques pour sauvegarder la planète, notre maison commune… Et nos efforts de citoyens qui sont des efforts humains, tout simplement.

Quelle a été la première encyclique de François ? L’eucharistie ? la Parole de Dieu ? Déjà écrites par Benoit XVI, destinées à l’intérieur de l’Église… Alors, sur les rapports sociaux ? L’identité chrétienne ? La défense de la vie ? Oui, et bien plus. Sa première encyclique est pour tous, pas seulement les croyants : Laudato Si. Qui attendait un pape sur le sujet ? Tout plein d’Évangile, avec douceur, il a répondu à une inquiétude qui ronge nos contemporains, celle de l’environnement, du climat, de la nature, des fractures entre nous et le sol, entre nous et nous, l’inquiétude devant la création malmenée – et donc les pauvres malmenés. Ce que François a dit est contesté, scruté, travaillé. Cela inspire. Non seulement des rencontres internationales, comme la Cop 26 de Glasgow à laquelle il est invité, mais des personnes, croyantes ou non, qui, dans de grandes entreprises, sont désormais chargées d’études et d’actions pour moins de pollution, plus de prévision, des changements à court et long terme… Et, bien sûr, nous-mêmes, à notre échelle de consommateur et d’acteur. L’enseignement de François est une réponse à une vraie inquiétude. Un enseignement utile à tous. Nous y participons et c’est tant mieux. Depuis dix ans, n’avons-nous pas changé nos manières de vivre, de consommer, de manger, de trier, d’accumuler ?

Il nous arrive d’être fatigués de la tâche, comme en ce temps de pandémie. Alors Jésus nous dit « venez à l’écart… ». Nous sommes venus ce matin à son invitation. Un rassemblement ecclésial est toujours une mise à l’écart provisoire. Il nous parle. Il a compassion de nous. Il nous réconforte. Et nous donne et les paroles de la vie et le pain de la vie.

Pour que demain et dès aujourd’hui la mer et le soleil, protégés, puissent indiquer le chemin de l’éternité. (Gérard Billon)

 
Quinzième dimanche du temps ordinaire : notre comportement est prédication

Qu’est-ce prêcher ? Vous allez me dire : « c’est que vous faites ». Là-dessus la langue française a forgé quelques expressions comme « prêcher dans le désert » ou bien « c’est du prêchi-prêcha ».

Prêcher, c’est être envoyé par Jésus pour parler du Règne de Dieu, de l’Évangile, à ceux et celles qui n’ont pas notre chance de le connaître. La « prédication » n’est pas d’abord la transmission d’un savoir mais une manière d’être. Quand le Christ envoie ses apôtres, il ne donne pas de contenu particulier. Le contenu, nous le connaissons par sa vie et St Paul l’a résumé de façon magnifique. Le Christ donne un « style ». Il nous invite à « prêcher » par la manière dont nous nous comportons. Notre manière d’être exprime au-dehors ce qui se vit au plus profond de nous, là où se tient Dieu.

Si nous sommes médisants, violents, fermés sur nous-mêmes alors que nous sommes repérés comme chrétiens, nous prêchons. Nous prêchons, mais contre Dieu. Contre-témoignage. Notre manière d’être peut éloigner d’autres d’une possible rencontre avec Dieu.

Si nous sommes attentifs, compatissants, respectueux, miséricordieux, nous prêchons. Mais pour Dieu. On le sait, un regard lumineux, une oreille attentive, un geste de tendresse ou d’amitié disent souvent beaucoup plus que des mots. Notre passion pour la vie et les vivants, de leur naissance à leur mort, notre regard sur la création, sur les fractures sociales, les égarements, les erreurs et les splendeurs de notre société rendent crédibles l’Évangile du Règne de Dieu. En ce temps de Covid, nous chrétiens, nous observons les gestes barrières, quoi qu’il nous en coûte ! Il y va de la vie et de la maitrise de la pandémie…

Comme chrétien, puis-je me dire : « qui me voit, voit le Christ » ? Comme Amos, les prophètes et les apôtres, chacun de nous est traversé moins par un message à transmettre que par la présence divine qui l’habite.

Oui, mais nous sommes infirmes, indignes, disons-nous. Nos actes ne sont pas à la hauteur de notre identité profonde… Contre cette pensée lucide ou découragée, il y a d’une part justement la présence de Dieu en nous, et, d’autre part, il y a le rassemblement du dimanche où la Parole et le Pain sont là pour nous soigner.

Il y a la communauté même. Jésus envoie ses apôtres deux par deux. Nous ne sommes pas seuls. Nous pouvons échanger, demander l’avis, nous soutenir, nous faire corriger, encourager… Ainsi, vaille que vaille, notre manière d’être, simple, pauvre, transmet l’Évangile. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie… (Gérard Billon)

 

Quatorzième dimanche du temps ordinaire : L’étonnement de Jésus

« Jésus s’étonnait de leur manque de foi »

Jésus s’étonne ! Les lectures d’aujourd’hui ont un point commun : elles parlent de l’échec de la Parole de Dieu. Le prophète Ezékiel est envoyé par le Seigneur proclamer la Parole de Dieu. Mais il est prévenu à l’avance qu’il aura en face de lui indifférence ou hostilité. Quant à l’évangile de Marc, il nous raconte Jésus incompris par ses amis d’école, de métier, de quartier. Il est connu, trop connu, mé-connu…

J’y vois une piste de réflexion sur la parole prophétique.

Jésus se considère comme prophète. Un prophète est quelqu’un qui est envoyé par Dieu porter sa parole pour tenter de remettre de l’ordre dans les pensées et dans l’action des croyants. « Qu’ils t’écoutent ou non, tu leur parleras… » Jésus a parlé. Sa parole a dérangé le confort des consciences endormies dans leurs images de Dieu, du bien et du mal. Il a tenté d’ouvrir un chemin vers le Royaume de Dieu.

Il a parlé. Il continue de parler. Il vient de nous parler par les mots d’Ezékiel, de St Paul, de St Marc. Il parle tous les dimanches. Et nous, nous écoutons ou nous n’écoutons pas.

On dit parfois de quelqu’un qui s’est engagé à réaliser ceci ou cela et qui n’a rien mis en pratique que « ses paroles sont restées lettre morte ». La parole de Dieu en nous peut-elle rester lettre morte ? J’admire les gens de Nazareth qui ont été choqués par l’enseignement de Jésus. Car çà veut dire au moins que la parole avait touché en eux quelque chose de profond, que çà les avait remués. Il leur restait un pas à franchir – et ils ne l’ont pas franchi alors – : reconnaître, comme Paul, leur faiblesse et se dire « comment répondre à cette parole ? » ou « que devons-nous faire ? ». Il dépend de nous que la parole de Dieu reste ou non lettre morte.

Il dépend de nous d’accepter qu’elle modifie nos images et nos pensées sur lui, le Seigneur de l’univers, sur nos rapports avec nos frères et sœurs, avec une société parfois hostile à l’Évangile, sur la sauvegarde de la planète – très concrètement, sur notre manière de vivre, encore et toujours, ce temps de pandémie (comment un chrétien peut-il, sauf exception, refuser d’être vacciné ?).

Une précision. La parole de Dieu portée par Jésus est qualifiée « d’enseignement ». C’est un enseignement par l’exemple, par l’engagement. Dans son enseignement, Jésus s’expose. Il s’expose aux critiques. Il expose la vérité de Dieu son Père et la puissance de sa grâce… pour autant qu’elle puisse pénétrer nos faiblesses.

L’enseignement de Jésus est à la fois question et réponse. La croix est réponse à la volonté de son Père, elle est l’engagement par lequel nous sommes sauvés de notre marasme, de nos hésitations, de nos rébellions.

L’enseignement de Jésus, c’est Jésus lui-même. En le recevant par la communion tout-à-l’heure, nous accepterons, bon gré mal gré, qu’il nous transforme.

Alors peut-être sera-t-il étonné non pas de notre manque de foi, mais de notre foi. (Gérard Billon)