Paroisse Saint-Philbert-en-Noirmoutier
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22 juillet : Conférence sur Maurice Zundel

À la paroisse, cette semaine…

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Bulletin Le Noroît

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15e dimanche ordinaire : Une Église apostolique

Un apôtre, c’est quelqu’un qui est envoyé, chargé d’une mission, chargé de porter un message. Il se situe entre le disciple et le prophète ou, plus prosaïquement, entre le facteur et l’ambassadeur. Il porte un message, soucieux qu’il parvienne à destination. Cela, c’est le côté facteur. Il est déjà une partie du message puisqu’il a été choisi par celui qui l’envoie : sa personnalité est déjà un signe pour celui ou celle à qui il est envoyé. Cela, c’est le côté ambassadeur.

 « Je crois à l’Église, une sainte, catholique, apostolique », disons-nous dans l’une des formulations du Credo. Notre Église est « apostolique ». Avant tout parce qu’elle repose sur les apôtres. Elle a été choisie comme les apôtres ont été choisis. les apôtres ont été choisis non pas à cause de leurs mérites, mais par espérance de Dieu. Ils avaient des qualités, des faiblesses (pensons à Pierre) mais Jésus a espéré en eux. L’ Église a des qualités, des faiblesses et des ratés. Néanmoins, Jésus mise sur elle. Sa foi – la nôtre – repose sur celle les apôtres. Notre foi n’est ni une philosophie ni un code de bonne conduite mais un engagement du cœur et du corps à suivre Jésus, une adhésion de la tête et du cœur au Dieu qui s’est donné à voir et à entendre en Jésus. Voilà l’Évangile.

L’adhésion est venue par éducation, par écoute du seul Maître (un vrai, qui ne donne pas de note). L’adhésion est la vertu du disciple. L’engagement, toujours, risqué, est la vertu du prophète.

Depuis notre baptême, nous sommes éduqués par le Christ comme l’ont été ses apôtres. Pas tous des gens courageux. mais tous de bonne volonté. Certains, parce qu’ils étaient frères de sang – Pierre et André, Jacques et Jean – savaient le prix d’une fraternité autre. Ils ont été éduqués à voir loin, haut et profond. Par la Parole que le Christ nous offre largement. Par sa vie auquel il nous donne de communier.

L’engagement dans la société sort le prophète de son confort religieux. L’engagement suit l’ordre reçu : Sortez, allez plus loin, dites bien que le Règne de Dieu est à notre portée. Et nous, nous ne restons pas accrochés à la table de la Parole et de l’Eucharistie. D’ici un peu plus d’une demi-heure, nous partirons – moins pour parler du Règne de Dieu que pour vivre de lui. Ainsi se répandent le changement des regards, l’enseignement, les guérisons, bref les paroles et les actions bénéfiques que beaucoup espèrent. Nous n’en sommes pas les auteurs, mais seulement les serviteurs.

L’Église d’aujourd’hui est « apostolique » parce qu’elle se situe dans la lignée des Douze et, bon gré mal gré, elle ne peut qu’inventer des paroles et des actes bénéfiques, qui font du bien au corps et au cœur. Le concile Vatican 2 a déployé en son temps cette puissance spirituelle de réforme inventive. Son identité apostolique marque les chrétiens que nous sommes. Le cœur de l’Église bat au rythme du cœur de Dieu et – miracle – nous entrons dans la danse, dimanche après dimanche. Nous sommes peut-être maladroits dans nos paroles et nos actes. Mais là, ce matin, comme tous les dimanches, nous communions au cœur de Dieu, à sa volonté de nous guérir, de nous sauver, de remettre les choses debout, dans le bon ordre, pour nous, pour d’autres qui, peut-être, ricanent dans notre dos.

Alors, modestes, un peu honteux, mais confiants et plein d’espérance, nous allons, nous marchons, nous passons ici ou là et comme le fit Jésus notre maître. La Galilée n’est plus, la planète est un village. Nous déposons dans notre société malade des traits de lumière dont au moins l’un nous est rappelé en ce jour du 14 juillet : Fraternité.

Nous sommes les enfants adoptifs d’un Père unique. Si nous, nous ne tissons pas en actes et en paroles bénéfiques la fraternité qui vient de Dieu le Père de tous, qui le fera ? (Gérard Billon)

 

 

 

14e dimanche ordinaire : La Parole, lettre morte ?

« Jésus s’étonnait de leur manque de foi » Jésus s’étonne ! C’est étonnant. Ne sait-il pas ce qu’il y a dans le cœur des humains ? Première lecture et évangile d’aujourd’hui ont un point commun : elles parlent des résistances à la Parole de Dieu. Le prophète Ézékiel est envoyé par le Seigneur proclamer la Parole. Mais il est prévenu : il aura en face de lui indifférence ou hostilité ! Quant à l’évangile de Marc, il nous raconte Jésus incompris par ses amis d’école, de métier, de quartier. Il est connu, trop connu ? Mé-connu…

J’y vois une piste de réflexion sur la réception en nous de la Parole.

Jésus est prophète. Un prophète est quelqu’un qui est envoyé par Dieu porter sa parole pour tenter de remettre de l’ordre dans les pensées et dans l’action des croyants. « Qu’ils t’écoutent ou non, tu leur parleras… » dit le Seigneur à Ézékiel. Ézékiel a parlé. Jésus a parlé. Sa parole a dérangé le confort des consciences endormies dans leurs images de Dieu, des rapports humains, du bien et du mal. Il a frayé un chemin vers le Royaume de Dieu.

Il a parlé. Il continue de parler. Il vient de nous parler par les mots d’Ezékiel, de St Paul, de St Marc. Il parle tous les dimanches. Et nous, nous écoutons… ou nous n’écoutons pas.

On dit parfois de quelqu’un qui s’est engagé à réaliser ceci ou cela et qui n’a rien mis en pratique que « ses paroles sont restées lettre morte ». On le dit de celui qui parle. On peut le dire de ceux et celles qui écoutent.

La parole de Dieu en nous peut-elle rester lettre morte ? J’ai un peu d’admiration pour les gens de Nazareth qui ont été choqués par l’enseignement de Jésus. Car cela veut dire au moins que la Parole avait touché en eux quelque chose de profond, que çà les avait remués. Il leur restait un pas à franchir – un grand pas qu’ils n’ont pas franchi à ce moment-là, à savoir, comme Paul dans la deuxième lecture, reconnaître leur faiblesse : « Oui, je suis faible, mais justement, Seigneur, viens à mon secours », « j’accepte, je demande que ta parole me transforme », « que devons-nous faire ? ». Il dépend de nous que la parole de Dieu reste ou non lettre morte.

Il dépend de nous d’accepter qu’elle modifie nos images et nos pensées sur lui, le Seigneur de l’univers, sur nos rapports avec nos frères et sœurs. Alors si la Parole peut me transformer, moi, comment ne la partagerai pas avec d’autres ? Que la société soit parfois hostile à l’Évangile importe peu : « qu’ils t’écoutent ou non, tu leur parleras »

C’est mon dernier point : après avoir reçu la Parole, comment se faire entendre ? Marc nous dit que Jésus « enseigne ». C’est un enseignement par l’exemple, par l’engagement. Dans son enseignement, il s’expose. Il s’expose aux critiques. Il expose la vérité de Dieu son Père et la puissance de sa grâce… pour autant qu’elle puisse pénétrer nos faiblesses.

L’enseignement de Jésus est à la fois question et réponse. Il ouvre un chemin dans nos consciences, dans l’avenir. La croix est réponse à la volonté de son Père, elle est l’engagement par lequel nous sommes sauvés de notre marasme, de nos hésitations, de nos rébellions et, je l’espère, d’autres avec nous.

L’enseignement de Jésus, c’est Jésus lui-même. En le recevant par la communion tout-à-l’heure, nous acceptons, bon gré mal gré, qu’il nous transforme et qu’il nous transforme même en porteurs de la Parole de bonté, de grâce, d’ouverture et d’accueil…

Alors peut-être Jésus sera-t-il étonné non pas de notre manque de foi, mais de notre foi. (Gérard Billon)

 

13e dimanche ordinaire : Dieu n’a pas fait la mort

Toucher le manteau de Jésus n’a rien de magique. Beaucoup, étant donné la foule, touchaient son manteau. Plusieurs, sans doute, souffraient, souffrance du corps ou du cœur. Une seule personne a été guérie, celle qui croyait en l’impossible, tout le reste ayant échoué. Elle était vivante, mais elle était morte, son handicap la mettant à l’écart, l’enfermant dans sa souffrance. Alors Jésus, pourquoi pas ? Ce n’est pas encore la foi en Jésus, fils de Dieu, sauveur du monde, mais elle s’en approche. Son corps, son cœur s’en approche.

« Dieu n’a pas créé la mort ». Alors d’où vient-elle ? Elle est dans la nature. Rien sur terre n’est immortel. Mais l’être humain a été créé pour l’incorruptibilité. Tant de choses blessent la vie : maladie, orgueil, colère, désespoir… La souffrance précède, accompagne, entoure la mort. La femme âgée n’est pas vraiment une vivante. La jeune adolescente va mourir et ses parents – son père en particulier – refusent sa mort.

Le père s’appelle Jaïre. Pour lui aussi Jésus est un guérisseur, Il, n’est qu’un guérisseur. Eh bien, c’est à ce point presque zéro de sa foi que Jésus vient le rejoindre. Je dis « presque » car il y a en lui, comme en la femme âgée, une chose positive : il ne se résigne pas. Et quand on vient lui dire que sa petite fille est morte, Jésus le prend par la main : « ne crains pas, crois seulement » ou, pour le dire autrement, « Tu es perdu, viens avec moi, ouvre-toi à l’inconnu, la vie, la vraie vie est là ». Alors commence, initié par Jésus, un chemin de foi. En sortant de la foule, la femme âgée aussi, avait commencé un chemin de foi.

Ainsi le Christ vient-il rencontrer deux personnes là où elles en sont de leur foi. Il leur fait faire un pas en avant. Il le peut parce que ces deux personnes ne se résignent pas devant le malheur, même si elles se trompent au début sur lui… Elles sont déjà sur le chemin de la vie à travers leur souffrance et leur résistance.

Pour nous, je vois trois pistes de réflexion :

Premièrement, ne pas se résigner. Si nous partons battus d’avance, si nous ne faisons rien pour lutter contre le mal en nous et autour de nous, nous ne rencontrerons jamais Jésus. Si nous érigeons des barrières autour de nous, la vie est blessée. Nous sommes comme morts. Jésus nous rejoint dans notre mouvement hors de la mort et du péché. Il nous rejoint dans notre « non » à la souffrance, au malheur, à la peur, à l’injustice : notre révolte est aussi la sienne.

Deuxièmement, ne pas chercher à mesurer notre degré de foi ou celle des autres. Dire de quelqu’un que c’est un grand croyant n’a pas de sens. Quelle est la mesure ? la piété ? la générosité ? Nous sommes là, ce matin, c’est ce qui compte. Nous entendons « crois seulement » ou « ta foi t’a sauvé » ou « lève-toi ! ». Jésus dont je me suis approché, maintenant me parle, me rassure, m’invite à m’ouvrir à la vie, à sa vie. Il suffit que je sorte de moi, que je me tourne vers lui – et pas seulement quand tous les autres moyens humains ont été épuisés.

Troisièmement, cheminer. Si cette confiance en Dieu trouve à grandir en moi, trouve un « oui » à la vie, mes comportements vont changer : plus peur de l’avenir et une existence qui sort du contentement du jour présent. Notre quotidien prend un autre relief il sort du grand « sommeil » où règne la mort.

« Dieu n’a pas créé la mort ». Dimanche après dimanche, Jésus nous relève, nous réveille. Je marche.  Je mange. Oui, nous sommes invités à « manger », à croquer la vie. Dans son corps partagé – aux yeux humains vaincu par la mort, aux yeux de la foi ayant vaincu la mort – refait nos forces et nous rend incorruptible. Nos corps reçoivent son corps, sa vie, la « vraie vie ». Comme la famille de Jaïre, nous allons donc marcher vers l’immortalité, resserrer les liens familiaux, amicaux, sociaux, fraternels… A commencer par aujourd’hui. (Gérard Billon)