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28e dimanche, générosité et violence

Voilà une histoire encore plus dramatique que celle de dimanche dernier. Dimanche dernier, devant la cruauté des vignerons, les auditeurs de Jésus attribuaient au propriétaire de la vigne leur propre réaction : une punition d’une extrême violence.

La violence est encore plus démesurée ici. Sommes-nous bien dans le Royaume de Dieu ? À supposer que le roi soit une image de Dieu, ce Dieu vengeur est insupportable ! Mais peut-être nous trompons-nous car, après tout, la parabole est une histoire, une fiction, pas une prédiction. Dans un conte, une bande dessinée, un jeu vidéo, tout est exagéré, rien n’est réaliste. Nous pouvons jouer au héros, au petit soldat, ou à l’assassin ou au justicier, mais, en réalité, nous ne le sommes pas.

Voici ma manière de comprendre la fable inventée par Jésus : le Royaume de Dieu est fondé sur la générosité et il se heurte à la médiocrité – laquelle sécrète des germes de la mort.

Générosité. Le banquet est somptueux. Le menu est riche – trop peut-être. Puisqu’il s’agit de noces, la musique, les chants, les danses se préparent. On va manger, boire et rire ensemble. Il n’y aura pas de DJ, mais, comme d’habitude, la vieille tante Marie va chanter « Les roses blanches » et tous les garçons iront l’embrasser et le dernier chantera. Or la fête populaire, simple, joyeuse, se heurte au dédain, au mépris, à une fin de non-recevoir. « L’amour n’est pas aimé » disait François d’Assise.

Dans le Royaume de Dieu, l’ombre de la mort planerait-elle encore ? Alors le roi renvoi des invitations, insiste : « ils n’ont peut-être pas compris ». C’est lui qui n’a pas compris que ses amis étaient de faux amis ! En lui tournant le dos, dédaignant les préparatifs, ils l’humilient. Ils disent non à la fête, non à la musique, non à la fraternité. Ils disent oui au chacun pour soi, à la volonté de dominer. Ils vont même jusqu’au meurtre. En agissant ainsi, ils détruisent le tissu social et familial. Plus de vivre-ensemble. Leur cœur est mort et donc leur ville est morte. La parabole met au jour un ressort secret des relations et ses conséquences : le ressort de la jalousie avec pour conséquences, leur propre malheur. L’incendie dévastateur a, en fait, été allumé par eux, peu à peu. L’invitation du roi n’a fait que révéler la violence qui couvait. La parabole ne fait que révéler ce qui sommeille, peut-être, en nous…

Alors – et là, c’est totalement irréaliste ! – au lieu de se replier sur sa déception, le roi ouvre des bras, ouvre sa table. C’est cela le Royaume de Dieu. Fini les invitations sur carton. “Venez, venez manger, boire, rire et chanter, qui que vous soyez, même les sans-papiers, les exclus, et même ceux qui, aux yeux de la loi ou de la religion, ne sont pas très cleans.”

La générosité prend toujours des risques. Elle est douceur et patience. Et c’est avec douceur et patience, me semble-t-il, que le roi interroge le pauvre gars qui n’a pas pris le temps de se changer. Le roi lui donne la possibilité de s’expliquer. Il pouvait avoir des tas de raisons. Son silence montre qu’il n’en a aucune, sinon – lui aussi – celui du mépris. Au cœur ouvert de son hôte le roi, il montre un cœur fermé. Il n’a pas voulu se changer.

Le Royaume de Dieu est agité de mouvements divers. Il y a le vivre-ensemble fraternel. Il y a les nuages de l’égoïsme. Peut-être parce que le Royaume de Dieu est en partie au ciel et en partie sur terre. Je ne sais si le roi représente Dieu. Mais je sais que, même si je n’en suis pas digne, je suis invité, nous sommes invités, au repas des noces de l’Agneau. Tous. En frères et sœurs. (P. Gérard Billon)

 

 

27e dimanche, Noirmoutier. Violence et patience

L’histoire que vient de raconter Jésus est violente. Ce n’est qu’une histoire pour dire « stop ! » à la violence et au rejet des autres.

Violence ! Il y a des gens qui sont prêts à tout pour obtenir ce qu’ils veulent, quitte à écraser les autres : « C’est moi le plus fort ! ». Alors cela ne conduit forcément au meurtre comme les vignerons de la petite histoire de Jésus mais il y a des paroles qui blessent, des regards et des attitudes qui rabaissent.

Il y a des gens bien décidés à donner le meilleur d’eux-mêmes, à bien organiser les choses pour le bonheur et la joie des autres. Dans l’histoire du prophète Isaïe, le propriétaire a été déçu du résultat mais il avait mis tout son cœur et toute sa compétence. J’espère que c’est une image que ce que nous sommes, en particulier vous les parents qui voulez le mieux pour vos enfants. Dieu, qui est notre Père, veut le meilleur pour chacun de nous.

L’école, le collège est organisé pour que les enfants et les jeunes grandissent, reçoivent les ponts de repères pour vivre en fraternité, pour développer en eux le meilleur de ce qu’ils sont.

Dieu, notre Père, veut développer en nous le meilleur de nous-mêmes. Le plus gros obstacle auquel il se heurte, c’est souvent… nous-mêmes. Nous laissons la violence, la jalousie, l’envie, la colère s’emparer de nous et alors que notre vie devrait être une fête, elle devient médiocre et manque de saveur.

Dieu est étonnant de patience et de douleur. Contrairement aux auditeurs de Jésus qui pensent que Dieu répond à la violence par la violence. Ils pensent, nous pensons qu’il est normal de faire périr ceux qui font le mal. Qui pardonnerait à quelqu’un qui a malmené son enfant et l’a tué ? La mise à mort ne serait-elle pas justice ? Ce n’est pas la décision prise par Dieu notre Père.

Il n’a pas fait périr ceux et celles qui ont mis à mort son Fils Jésus. Il fallait un mettre un terme à la violence. Ce terme s’appelle « pardon ». Et, lors de chaque messe, il nous montre que ce pardon est source de vie et de joie. Du sang versé, il fait un vin de fête, il nous tend le vin du Royaume éternel, un vin joyeux qui accompagne le pain de la vie.

Parents, enfants, chaque messe est une petite ou grande heure prise sur le temps du quotidien (on aurait bien d’autres choses à faire). C’est à la patience et à la douceur de Dieu que nous communions. Laissons-les nous transformer. Dieu ne veut pas notre mort, mais notre vie.

Dans notre Église, mes sœurs, vous faites partie de ceux et celles qui montre que ce chemin de pardon est un chemin de vie. Par votre consécration, votre action, votre prière vous montrez qu’il y a de la joie à se glisser dans le cœur de Jésus et de sa mère, de la joie à faire grandir les autres : les enfants, les jeunes, les malades, les personnes isolées, tous ceux et celles qui ont besoin de repos.

Pour nous tous, qu’il y ait de la joie à dire non à la violence et au rejet des autres et dire oui à la patience et à la douceur ! Que l’Esprit saint nous aide. (Gérard Billon, curé)

 
26e dimanche. Celui qui dit “Oui”, celui qui dit “Non”

Publicains et prostituées ont un point commun : ils sont mal vus. Peut-être avec juste raison : qui approuve leur métier ou leur morale ? Dans les deux cas, il y a une certaine déshumanisation de soi-même, d’eux-mêmes et des autres. Dans les deux cas, il disent non à la dignité première voulue par Dieu lors de la création du monde, à la dignité rendue lors de la libération d’Exode et, pour nous, donnée à notre baptême.

Oui mais…

Parmi eux, certains, conscients de vivre mal et voulant autre chose, ont décidé de changer de vie, touchés par les paroles de Jean le baptiste qui las appelaient à la conversion. Ils disaient non, ils refusaient d’aller là où Dieu les appelait, ils se sont repris, ont changé de cap, ont changé de vie. Ils sont allés à « la vigne du Seigneur ».

En contraste, Jésus repère ceux et celles qui ont dit, haut et fort, « oui » à la civilisation de l’amour, à la conception d’un Dieu ami des hommes, créateur, libérateur. Lors leur baptême, ils ont même renoncé au mal et à ce qui conduit au mal, en particulier, la jalousie et la colère. Pourtant, ils restent les bras croisés… et continuent de ne voir que des fautifs dans les publicains et les prostituées. Ils ne voient pas le changement que ceux qu’ils considèrent comme pécheurs sont en train de vivre.

Ils disent « oui, on y va » à la vigne du Seigneur. Mais, en fait, leur attitude dit « non ». leur attitude commence dans le regard porté sur les autres et sur eux-mêmes : ils se croient supérieurs.

Ils n’ont pas foi en Dieu mais en nous-mêmes, en leur justice, en leur droiture. Après Jésus, saint Paul demande de ne pas leur ressembler. Cependant, il nous invite, il les invite à changer leur regard sur Dieu, sur eux-mêmes et sur les autres.

Dans sa lettre aux Philippiens, Paul propose une sorte de programme pour notre assemblée, pour notre paroisse, notre Église. Réconfort, encouragement, communion, tendresse, mêmes sentiments… Rien de vague en tout cela, mais de l’exigence et de l’humilité. Il n’est pas très naturel d’estimer les autres supérieurs à soi-même.

Or, le Fils de Dieu, tout Dieu qu’il était, a considéré les pécheurs comme justes supérieurs à lui-même. Pour l’éternité, il nous voit comme supérieurs à lui-même. Et c’est pourquoi il donne sa vie pour nous.

Immense bonté de Dieu ! À l’appel de Dieu, relayé le prophète Ézékiel, Jean le baptiste, saint Paul et tous les saints, les pécheurs ne se sont plus regardés dans leurs fautes, leurs égarements, leurs péchés, ils ont regardé en avant, vers Dieu qui leur tend les bras. Dans les bras, ils vont s’y jeter, clopin-clopant, peut-être boiteux. Et les justes vont les regarder, honteux, je l’espère, de n’avoir pas eu la même belle réponse à l’amitié divine qui leur est offerte à eux aussi.

Il n’est pas trop tard : peut-être les justes vont-ils redécouvrir la fraternité, la vraie. La fraternité chrétienne n’est pas une égalité. C’est la reconnaissance que mon frère, ma sœur, même boiteux sur le chemin vers Dieu, est non pas meilleur que moi, mais supérieur à moi. (Gérard Billon, curé)