22e dimanche ordinaire : ce qui est déraisonnable.
Pierre capable du meilleur comme du pire.
Le meilleur : il s’est laissé traverser par l’Esprit saint, il a jeté son espérance dans l’homme doux et humble de cœur qu’il accompagne depuis quelques mois : « Tu es le Christ ». Il a jeté son espérance en avant, il lancé sa foi en lui. Et c’est sur cette foi qu’est bâtie notre Église.
Le pire, c’est aujourd’hui. Enfin, peut-être pas. Il y a pire ! La réaction de Pierre est très humaine, généreuse, raisonnable. Qui veut la mort de ses amis ? À plus forte raison quand cet ami est espérance, confiance, amitié, chercheur d’absolu, ouverture sur le mystère de Dieu et son amitié pour les humains. En Jésus, Dieu s’engage comme nul autre pour les humains. Qui voudrait la mort de l’engagement de Dieu ? La réaction de Pierre est donc raisonnable.
C’est parce qu’elle est sensée et raisonnable qu’elle provoque en retour la réaction vive de Jésus : Pierre se fait, sans le vouloir bien sûr, la voix de Satan. Devant la perspective de la mort, son cœur de Jésus n’est pas (pas encore) apaisé, pas plus que Jérémie. La tentation, c’est le raisonnable. Le destin du Messie est déraisonnable.
Le destin du Messie est déraisonnable. Venir au vu et au su de tous sur les nées du ciel, entouré d’anges, de façon spectaculaire, cela a du sens quand on est l’envoyé du Dieu vivant, du Dieu puissant. Mais parler aux enfants et aux malades, guérir qui en a besoin, raconter que Dieu pardonne les péchés, cette absence de spectaculaire – je dirais, cette absence visible de divin – dépasse la raison.
Pourtant le divin est là. Déraisonnable à vues humaines. Dieu a accepté de perdre tout pouvoir pour gagner quoi ? Pour gagner notre vie. Il s’est engagé dans l’histoire humaine jusqu’au bout, jusqu’à mourir de façon scandaleuse, jusqu’à être enseveli avec les morts. Il s’est engagé à se perdre pour nous ayons la vie, laquelle est faite de choix libres et d’espérance. Jésus a choisi, quoiqu’il en coûte, le chemin de la vie éternelle qui passe par la perte de la vie terrestre. Passée par la mort, notre vie terrestre rejaillit en vie éternelle.
À qui perd gagne. Faites comme Dieu, comme mon Père, comme moi. Perdez vos certitudes. dit Jésus à ses disciples. Choisissez le déraisonnable de la foi, de l’amour.
Du coup, c’est ce déraisonnable qui illumine nos actions et nos efforts. Dans un monde qui tangue et qui se moque bien des prophètes, certains acceptent de jouer au perd gagne et, en le jouant, se rendent compte qu’ils n’éprouvent ni l’angoisse, ni la peur, mais une joie profonde, du fond du cœur, du fond du cœur de Dieu.
Sans que ce soit spectaculaire. Oui, certains s’engagent de façon déraisonnable dans l’histoire humaine. Peut-être en faisons-nous partie… (Gérard Billon)
21e dimanche ordinaire : la foi de Pierre et la charge de lier et délier
Nous connaissons l’apôtre Pierre. D’un côté, il a expérimenté de manque de confiance (marcher sur la mer), de l’autre, il a été témoin de la confiance, de la foi, d’une femme étrangère, la cananéenne.
C’est avec ce mélange de foi et de peur qu’aujourd’hui, il laisse l’Esprit de Dieu parler en lui pour dire, haut et fort, qui est Jésus. Le Credo qui nous dirons tout-à-l’heure n’est que le développement des paroles qu’il vient de prononcer : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ! »
Nous allons d’abord nous tourner vers le Père des cieux, le Dieu Vivant. Puis, nous développerons qui est Jésus pour nous : le fils du Dieu Vivant, le Christ. Enfin, nous reconnaitrons que cette foi, nous la tenons de l’Esprit et de l’Église. C’est ainsi qu’héritiers des apôtres, nous croyons en Celui en qui saint Pierre a cru.
Cette profession, nous l’avons reçue de saint Pierre par l’intermédiaire de l’Eglise. L’Eglise porte au monde le mystère de la foi. Tant bien que mal. Avec des hauts et des bas. L’Église est sclérosée ici mais là, elle ouverte au vent de l’Esprit. L’Église entre la foi et la peur.
Malgré sa peur et dépassé par l’Esprit saint, Pierre a reçu la clef de la foi.
La foi est à l’intérieur de la maison de David, le royaume des cieux. Seul Jésus détient la clé de la maison de David, la clé du Royaume des Cieux. Il en a donné un double à Pierre. Pierre les a reçues, elles ne sont pas à lui. Pas plus que l’autorité qu’elles représentent Dans la première lecture, un gouverneur, Shebna s’était montré indigne de gouverner : ferme ou ouvrir, il ne savait plus. Aussi Dieu a choisi un autre, Eliakim, pour être le portier de la maison de David.
Pierre est le portier de la maison de David. Sa mission d’ouvrir et de fermer est une mission de libération. Il continue celle de Jésus.
Pierre a mission d’ouvrir et de fermer, de lier et de délier. Lier qui ? quoi ? non pas des personnes la puissance de la Mort qui donne des coups à la porte. La puissance qui a déjà été vaincue par Jésus sur la croix mais qui continue à faire son œuvre : la sclérose spirituelle vient de là, la peur aussi. Lier tout ce qui détruit peu à peu le cœur des hommes : la défiance, la violence, la haine, le mensonge. Délier tout ce que la mort veut empêcher : la foi, l’amitié, la solidarité, la fraternité, la foi, le vivre ensemble.
Fermer la porte aux multiples aspects du mal. Je dirai tout-à-l’heure : « Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché et tout ce qui conduit au péché ? » Celui ou celle qui dit du fond du cœur : « je le rejette » commence à ligoter le péché et celui-ci se cogne contre la porte de l’Église où le baptisé respire en liberté.
« Croyez-vous en… » Celui ou celle qui affirme, haut et fort, le Credo qui vient de Pierre, a ouvert la porte de son cœur et peut entrer dans l’Église : elle est grand ouverte. (Gérard Billon)




