14e dimanche du temps ordinaire : Jésus, le roi sur un âne !
Dans la première lecture, le prophète Zacharie invite Jérusalem – nous – à se réjouir de l’arrivée de son roi sur un âne. Le prophète prend à rebours les coutumes. Les rois caracolent sur des cheveux. Un cheval, c’est noble, mais un âne… L’âne est taillable et corvéable à merci. Dans le balancement des valeurs, un cheval, c’est du côté des sages et des savants, un âne, c’est du côté des tout-petits, de ceux à que le savants prennent pour des ânes, à qui ont fait courber l’échine… Il choisira un âne pour entrer à Jérusalem quelques jours avant d’être crucifié.
Les chevaux, Jésus les laisse aux sages, aux savants, à ceux et celles qui ont le savoir, le pouvoir et l’argent. Ou qui croient les posséder qu’il en sont possédés. Lui, il s’adresse à ceux et celles qui ploient sous le poids du fardeau : « venez à moi… » et nous entendons : « moi, je suis un âne robuste qui peut porter ce que vous ne pouvez pas porter ».
Quel fardeau mettre sur Jésus ? Tout d’abord, le poids de la vie, des difficultés, des souffrances petites ou grands, passagères ou de longue durée. Le poids de ce qui nous est imposé : les obligations sociales ou même le obligations de la religion… Ensuite, le poids de nos fautes, de notre culpabilité – parfois cette fausse culpabilité de n’être pas ce que nous voudrions. Nos fautes vis-à-vis des autres – qui sont toujours des fautes vis-à-vis de Dieu. Mais aussi le poids de nos doutes, le poids du regard des autres, de tout ce qui nous rend tristes… Jésus porte ce qui nous pèse. Il nous rend légers. Et nous avançons dans la vie, d’un pas plus vif.
Il y a mieux. Ce qui nous pèse, il nous le rend mais débarrassé de sa lourdeur, de sa tristesse. Les obligations sociales se révèlent lieu de fraternité, la religion, support de la foi, nos fautes, occasion de recevoir son amour, notre culpabilité s’efface sous la lumière de la miséricorde. Nos yeux s’ouvrent, malgré tout, sur la beauté du monde, sur le soleil jouant sur les vagues, sur les rires sur la plage et la joie.
Notre quotidien nous est rendu comme un lieu et un temps de rencontre. avec les autres et donc avec Dieu. D’épreuves parfois, oui. Mais aussi de belles surprises. Un temps pour croire, espérer, aimer.
Assis sur son âne, Jésus nous sourit. Il nous rend nos yeux, nos mains, nos corps purifiés, allégés. Si nous sommes venus le cœur plus ou moins lourd, repartons le cœur plus léger ! Il nous aura donné un peu de lui-même – nous venons de le recevoir, nous allons le recevoir. (Gérard Billon)
13e dimanche du temps ordinaire : l’accueil
À l’hospitalité offerte à Élisée par la femme de Sunam, correspond l’enseignement de Jésus sur l’accueil, enseignement qui achève la formation des apôtres. Jésus y insiste pour montrer la relation qui s’établit avec lui-même et avec son Père lorsqu’on accueille un frère ou une sœur en tant que « disciple ou prophète ou juste ». Accueillir l’autre revient en définitive à accueillir Dieu. Cela signifie au moins que toute relation humaine a une dimension divine.
Je peux accueillir quelqu’un – un « petit » qui est assoiffé – sans qu’il ne soit ni disciple, ni juste, ni prophète. L’accueillir pour ce qu’il est, simplement quelqu’un qui a besoin de secours. Jésus, là-dessus, en parlera dans son discours sur le Jugement dernier : « ce que tu avez fait (ou pas fait) à l’un des petits qui sont les miens, c’est à moi que vous l’avez fait (ou pas fait) ».
Là, Jésus nous demande, me semble-t-il, de voir les choses autrement. De voir que, parmi nous, les prophètes existent, et les personnes justes et les disciples. Il y a donc un préalable à l’accueil ou plutôt un élément qui et le début de l’accueil : voir en l’autre ce qu’il est aux yeux de Dieu. Je suis disciple, mais est-ce que je fais partie de ces « petits » qui ont besoin des autres, même pour boire un verre d’eau fraîche ? Ou, au contraire, fais-je partie des chrétiens qui n’ont pas besoin des autres et, s’ils donnent quelque chose, ce sont des leçons. Est-ce que je fais partie de ces « justes » qui ont soif de justice, qui sont persécutés pour elle ? Est-ce que je fais partie des prophètes qui portent l’honneur de Dieu et le souci des humbles ?
La femme de Sunam avait reconnu en Élisée un prophète. Élisée avait reconnu en cette femme accueillante une femme juste. Et, de la part de Dieu, il lui annoncera ce qu’elle n’attendait plus : un enfant. La récompense est ici la vie, l’avenir. Pour d’autres, ce seront les persécutions… Pour les uns et les autres, pour nous, le « Royaume des cieux ».
Ce petit discours semble dire que nous avons trois identités : prophète, juste, disciple. Nous sommes forcément l’un ou l’autre… ou les trois. Le prophète que je suis saura-t-il reconnaitre le juste que tu es ? Et le juste saura-t-il donner un verre d’eau ? Certes, la récompense ultime est la vie, l’avenir. Mais la vie éternelle passe par la croix et le dépouillement de toutes nos affections, de tout ce à quoi l’on tient. Dépouillé, nous avons besoin des autres, besoin que l’on nous donne à boire. Pour être accueilli comme Jésus a été accueilli… (P. Gérard Billon)





