Pentecôte 2026 – L’Esprit de Dieu pour une Alliance retrouvée
Les apôtres attendaient. Ils avaient une double consigne : « ne pas rester à regarder le ciel » (çà c’était pour le passé) et « être les témoins du Christ ressuscité sur toute la terre » (çà c’était pour l’avenir). Il est parfois dur de se décrocher du passé. Et on se demande parfois s’il et bien prudent de tenter une nouvelle aventure. Alors il se sont ressourcé dans la prière. Pas tout seuls. Avec eux il y avait la mère de Jésus et sa famille proche.
Ils ont reformé un groupe qui se veut un concentré de l’histoire du peuple juif, le peuple avec lequel Dieu a fait alliance : ils étaient Onze (vu la défection de Judas), il ont appelé un douzième. Bref, avant de partir sur les routes du monde, ils prennent soin d’intégrer deux traits distinctifs qui sont désormais ceux de l’Église : 1) le groupe chrétien dans la continuité de l’histoire de l’Alliance avec les tribus d’Israël et 2) il est né d’une Alliance incarnée, réalisée un corps de chair qui a grandi en Marie sur laquelle avait reposé l’Esprit saint.
Le premier trait est celui de l’Alliance éternelle. Le deuxième, celui de l’Alliance nouvelle.
Du peuple de l’Alliance éternelle Jésus a reçu sa foi et son espérance. Il a inscrit l’Alliance nouvelle dans un groupe qu’il a choisi et formé.
À ce groupe formé par Jésus, Dieu le Père a donné ce qu’il avait donné à Marie, à savoir son Esprit afin d’engendrer au monde l’Alliance éternelle et nouvelle.
À chaque fois que nous fêtons la Pentecôte, nous fêtons notre identité : 1) peuple de l’Alliance éternelle, nous avons nos racines en Abraham, Moïse, David et les prophètes, 2) peuple de l’Alliance nouvelle, nous sommes enfants du Dieu incarné, à qui rien de ce qui est humain n’est étranger.
Dès le début, les 70 nations présentes à Jérusalem représentent tous ceux et celles qui espèrent qu’on les sorte de leurs divisions, qui espèrent l’assurance de la fraternité retrouvée. Fraternité ? Oui. Par-delà les divisions, la barrière des langues, des coutumes, des conditions sociales, nous n’avons qu’un seul Dieu et Père et nous sommes tous frères et sœurs.
Ils sont nombreux, à l’extérieur de ces murs, à ne pas savoir trop ce qu’ils cherchent. Que l’Esprit saint aujourd’hui nous les fasse rencontrer, nous faisant sortie hors de nous-mêmes. Nous savons le bonheur qu’il y a à écouter les paroles de la vie et à recevoir le pain de la vie. Que l’Esprit saint nous fasse rentrer dans la grande histoire de l’Alliance éternelle et nouvelle !
Il n’y a plus à regarder le ciel : c’est la terre, le grand chantier du Royaume et de l’Evangile. Notre chance c’est d’avoir reçu la respiration même de Dieu. L’entendons-nous en nous, la respiration de Dieu, l’Esprit éternel à la présence toujours nouvelle en nos corps de chair ? (P. Gérard Billon)
Homélie 7e dimanche de Pâques : la prière de Jésus pour nous
Les Apôtres sont réunis avec la famille de Jésus et la Vierge Marie. Ils attendent, comme le dit la lettre de St Pierre, « l’Esprit de gloire » l’Esprit de Dieu qui va reposer sur eux. L’Esprit qui va entretenir leur espérance : Jésus viendra à la fin des temps. L’Esprit qui va leur donner le courage de témoigner au quotidien.
Que font-ils en attendant ? Ils prient. Pas chacun dans son coin. Ensemble. Comme nous, ce matin, ensemble, avec eux, avec la Vierge Marie. Comment ont-ils prié ? Nous l’ignorons. Ont-ils chanté des psaumes, laissé parler leur cœur, ont-ils ouvert les Écritures ? Leur prière a-t-il été demande, confiance ou louange ? un indice pour est donné par l’évangile, un petit morceau d’éternité enclos dans la prière de Jésus.
La prière de Jésus est une demande. Le sens premier de prier, c’est « demander ». Il prie pour ses disciples. Et, quand les disciples auront reçu ce que Jésus demande à Dieu son Père, ils vont le louer. Ils vont le louer par leur vie, par leur fraternité, par leur témoignage jusqu’au bout du monde.
Jésus continue de prier pour nous. Que demande-t-il à son Père pour nous ? Une réussite professionnelle, une vie bien remplie, la joie d’être aimé ? En fait, il ne demande pas une chose. Sa demande est à la fois plus simple et plus extraordinaire : nous faire entrer dans le mouvement qui le porte vers son Père. Avec ce désir inouï : que lui, Jésus, soit glorifié en nous !
Si le verbe « prier » est tout proche du verbe « demander », le mot « glorifier » est tout proche du verbe « louer ». Nous glorifions par notre intérêt pour le monde, ce monde-ci (pas un autre) ce monde traversé de conflits, ce monde où la violence imprime sa marque en nous. Nous glorifions par nos maladresses même, car nous savons qu’il nous pardonne et nous relève. Nous le glorifions quand il nous relève et que nous reprenons la route de la fraternité et de l’espérance.
La prière de Jésus a été demande, et elle a été confiance. Notre prière est confiance. Par elle, nous entrons dans la confiance de Jésus qui, avec elle, a traversé la Passion et la nuit de la Croix.
Dieu a répondu à la prière de Jésus en faisant reposer l’Esprit de gloire sur les Apôtres et la Vierge Marie. L’Esprit éclaire, réconforte et nous aide à nous relever. Jésus nous tient par un bras et l’Esprit par un autre. À eux deux, jamais ils ne nous laisserons à moitié mort sur le bord du chemin. (Gérard Billon, curé)
Ascension du Seigneur : notre humanité au ciel avec le Christ
Jésus ressuscité passe de cette terre au ciel. Il passe du monde des humains au monde de Dieu son Père. Mais il amène avec lui ce qui nous fait humain, le poids de notre chair blessée et sauvée puisqu’il garde, pour l’éternité, les traces de sa Passion.
Luc, dans les Actes des Apôtres, décrit une montée aux cieux. Mais Matthieu, dans son évangile, nous laisse avec Jésus « tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Deux accents différents. Deux vérités pour un paradoxe : son corps de chair est désormais au ciel et, sur terre, grandit son corps éternel ! Son corps de chair est auprès de Dieu : voilà le prix accordé à notre humanité. Mais son corps éternel qui parle, qui soutient, qui nourrit est avec nous : dans les Écritures lues et reçus, dans le pain eucharistique consacré et partagé, dans notre assemblée diversifiée, dans la beauté de la création, dans nos semblables dans le besoin !
Pour croire qu’il à la fois au ciel avec son corps terrestre ressuscité, comme le dit Luc, et, en même temps, sur terre avec son corps céleste, comme le dit Matthieu, il nous faut bien l’Esprit saint !
Comme homme, Jésus partage la gloire de Dieu son Père. Il est « à sa droite » et il lui parle en notre faveur. En même temps, il nous parle à nous dans l’Église avec un grand « E ». L’Église, issue, des Onze apôtres éduqués à agir dans le Royaume de Dieu. L’Église, qui avec les apôtres et la vierge Marie, attendent la venue du ressuscité « à la fin du monde ». Et nous, leurs descendants, nous écoutons, nous entendons et nous comprenons grâce à l’Esprit saint qui est notre aide, notre soutien, notre défenseur.
Le départ du Christ est le début du commencement des chrétiens. La fin du commencement sera la Pentecôte.
Les disciples vont s’en aller de par le monde avec « l’énergie, la force et la vigueur » comme l’a dit la deuxième lecture. Avec un petit handicap, quand même : ce tremblement qui ressemble à du doute – comme les disciples sur la montagne : si tout çà, ce n’était pas réel ?
C’est réel. Son corps de chair blessé par amour pour nous est auprès de Dieu. Nos corps de chair sont prêts pour aimer, pour pardonner, pour résister au mépris, à l’envie de cogner, de haïr, de se venger ou de se calfeutrer parce que dehors, çà va mal et çà nous fait mal.
À la fin du monde, nous lui présenterons au Chrit et à son Père, nos résistances et notre amour. D’ici là, grâce à l’Esprit saint qu’il nous envoie, nous devenons les témoins de l’espérance, de la lumière, de la bonté, de la beauté, en paroles et en actes. Que l’Esprit saint nous tire par le haut ! Qu’il nous aide à prendre de la hauteur !
Devenons, non pas des êtres exceptionnels, mais des êtres ascensionnels ! Pour voir les choses de la terre à partir du ciel. Pour voir, dans les choses de la terre, l’éclat de la divinité. Pour ce qui dans ce qui passe, l’éclat de l’éternité. Un éclat qui est déjà là, dans notre assemblée… (Gérard Billon)






