2e dimanche de Carême : partir, rester, partir
Dans le récit de la vocation d’Abraham, il est question de partir. Dans le récit de la Transfiguration du Seigneur, il est a priori question de rester, désir exprimé par Pierre « je vais dresser trois tentes… » Pourtant, il lui faudra partir et redescendre de la montagne.
Quand Abraham quitte Harrân où sa famille végète il ignore de quoi demain sera fait. Quelles joies ? Quelles épreuves ? Quels détachements ? Il part sur la seule parole de Dieu. Pierre et les autres ont eux aussi tout quitté sur la parole de Jésus. Pourtant ils abandonneront leur maître et ami, dans le jardin de Gethsémani.
Et pourtant Pierre, Jacques et Jean avaient été témoin de l’inouï. Jésus les a appelés au bord du lac de Galilée pour la prédication du Royaume des cieux. Ensuite, là. Après avoir suivi Jésus, voilà que Dieu leur parle (comme il avait parlé à Abraham) : « Écoutez-le ». Je déploie : « écoutez-le bien, il a tant de choses heureuses à vous dire ».
Bien écouter demande à dresser l’oreille pour entendre non pas ce que nous voulons entendre, mais ce que Dieu dit. Bien écouter demande de de se laver les oreilles, nettoyer les habitudes, notre confort. Abraham, Pierre et les autres l’ont fait. Il leur a fallu bien des changements intérieurs.
Si l’évangile nous dit que Jésus est « transfiguré », c’est que sa vérité n’est pas dans l’ordre habituel des choses. Que s’est-il passé ? La vérité vraie est de l’ordre de l’invisible. Quand on a accepté de faire confiance à une parole de feu, c’est parfois longtemps après qu’on se rend compte que nous avons eu raison.
Abraham ne savait pas trop qui était Dieu. Il et parti sur une parole. Il a fait confiance. Il a quitté ses repères habituels. Au bout du compte, il a eu raison.
Jésus est toujours pour nous un peu inconnu. Transfiguré sur la montagne, il sera défiguré sur la croix. Sa vérité de fils bien-aimé de Dieu, en dialogue avec Moïse et Élie (donc en dialogue avec l’Ancien Testament), ses paroles, ses actes, son action au milieu de son Église, le don de lui-même sur la croix nous sont donnés dimanche après dimanche. Parfois, cette vérité nous éblouit. Nous avons raison. Comme Pierre, on aimerait rester plus longtemps avec lui, lui parler, le contempler dans sa parole, dans son eucharistie. Oui, mais… après « la » rencontre qui a lieu ici, dans ce rassemblement, il faut redescendre, car il y a des rencontres de la vie quotidienne. Nous avons raison.
Nous ne sortirons peut-être pas transfigurés de cette célébration, mais, je l’espère, illuminés de l’intérieur. Par la parole et par le pain eucharistique, Dieu nous fait participer à sa vérité, à sa plénitude, à sa joie. Nous ne quittons pas tout, mais nous nous allons mettre, je l’espère, un peu de douceur, un peu de lumière dans notre vie, la vie de nos amis, et la vie du monde. (Gérard Billon, curé)
1er dimanche de carême
L’évangile que nous venons d’entendre se situe juste après la baptême de Jésus. A ce baptême toute la Sainte Trinité est présente. Dieu-Père s’est fait entendre, Dieu-Esprit virevoltait sous la forme d’une colombe, Dieu-Fils les pieds dans le jourdain a reçu l’eau du baptême de Jean. Et “Après son baptême, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour y être tenté par le démon”.
Alors si vous le voulez bien, nous allons voir ensembles que Jésus va résister aux tentations parce qu’il vit la communion trinitaire, pour ensuite nous verrons que nous aussi nous avons été créés pour entrer dans cette même communion. Jésus vit la communion trinitaire : lors de la 1ère tentation, Jésus a faim, une faim obsessionnelle, nous pouvons aisément l’imaginer : 40 jours et nuits sans manger, le démon à beau lui suggérer d’utiliser les pouvoirs dont il dispose, la confiance de Jésus en l’amour de son Père est d’une telle solidité, d’une telle force qu’il résiste à la tentation d’assouvir par lui-même sa terrible faim.
Au cœur de la Trinité il y a un double mouvement :
- un parfait oubli de soi par celui qui reçoit
- un don total par celui qui donne.
Entre le Père et le Fils, l’Esprit Saint, celui qui donne à vivre l’amour, créé une communion que rien ne peut remettre en cause. Ni le pain image du pouvoir économique, ni le religieux associé au “miracle qui émerveille”, ni le pouvoir politique. Aucune de ces trois tentations d’agir selon ses propres forces ne remet en cause la communion d’amour que vit Jésus. “Alors le démon le quitte” nous dit l’évangile ! Mais il reviendra. Devant la souffrance et la mort qui s’annonce Jésus sera tenté de préserver sa propre vie “Mon père s’il est possible que cette coupe s’éloigne de moi”.
Mais au cour de la Trinité rien ne peut venir troubler la communion, même la mort, et la communion d’amour se révèlera plus forte que la mort. Jésus ressuscitera !
Nous aussi nous sommes faits pour entrer en communion avec la Sainte Trinité. Dans la 1ère lecture, nous avons entendus Dieu dire à Adam : “Du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal vous ne toucherez pas, sinon vous mourrez”. Car céder à la tentation de décider par nous-même de ce qui est bien et mal, conduit à juger et donc à exclure, et exclure c’est mourir, c’est mourir à la relation ! D’ailleurs les collectivités humaines organisées autour d’une vision du bien et du mal disparaissent tôt ou tard. Elles sont rongées par l’hypocrisie des défenseurs du bien et la révolte de ceux qui sont classés dans le mal. Juger par soi-même de ce qui est bien ou mal est l’obstacle à la communion. Cette communion pour laquelle nous avons été créés comme “poussière” habitée du “souffle de la Vie de Dieu”, et le serpent, cette force qui veut séparer en nous la “poussière” de la “Vie de Dieu”. Le serpent a eu raison de dire à Eve : “vous serez comme des dieux connaissant le bien et le mal”, nous pouvons l’être en effet, mais avec Dieu, pas sans Lui !
En conclusion, à l’occasion de ce carême recentrons-nous vers ce Dieu qui nous habite au plus intime : vers Dieu-Père, celui qui est la source de tout amour, vers Dieu-Fils, celui qui nous donne à voir l’amour, vers Dieu-Esprit, celui qui nous donne à vivre l’amour.
Ce Dieu qui est Un par l’absolue communion, mettons-nous à Son écoute. Pour cela vivons le silence, la patience, le respect, le respect car il si “sensible” qu’il se cache dès que nous cherchons à le posséder. (Henri MIAILHE, diacre)






